À peine sorti de détention, Marcel Libama ne faiblit pas. Loin de se laisser intimider par les menaces du passé ou la pression du présent, le vétéran du combat syndical affiche une fougue intacte et une détermination à toute épreuve pour défendre les droits des enseignants gabonais.
« Puisque pratiquement on a tout gagné, pourquoi on crée une Assemblée Générale ? », lance-t-il, aussitôt suivi d’une réponse sans équivoque : « Parce que cela s’impose ! On ne pourra pas sortir de cette grève de manière démocratique sans passer par la case de l’Assemblée Générale, à Libreville, à Franceville, à Chibanga, à Mwila, à Oyen, à Makokou, à Lambaréné. » Pour Libama, le respect de la démocratie interne des syndicats est une obligation : « Ils ont l’obligation de rendre compte à nos militants, à nos bénéficiaires. Il y a une redévabilité. On ne va pas aux négociations pour soi-même, on passe pour tout le monde. »
La force de son message est claire : cette grève, fruit d’une mobilisation historique, ne doit pas être trahie ou diluée. « Ne pensez pas qu’un simple discours du gouvernement suffira à nous faire revenir en arrière. Les grèves sont cycliques, mais une grève comme celle-ci, il faut attendre au moins quatre ans pour la reproduire », prévient-il. La gravité de ses mots rappelle que derrière le ton passionné se cache une stratégie réfléchie, fondée sur l’expérience et la sociologie des mouvements sociaux dans le secteur de l’éducation.
Libama n’hésite pas à pointer du doigt les failles du dialogue gouvernemental : « Je ne comprends pas, madame la ministre, qui sait très bien que les décisions au niveau des syndicats se prennent dans les AG, n’a pas conseillé à ses partenaires de présenter nos demandes à nos militants. » Pour lui, le respect du protocole et de la démocratie interne est crucial : « Réunissez les principaux acteurs autour de la table. Toute guerre se termine toujours autour d’une table. Le dialogue social, c’est le prérogatif des organisations syndicales les plus représentatives. »
Enfin, le syndicaliste compare avec lucidité l’époque actuelle à celle d’Alimogo, un passé marqué par la répression : « J’ai comme l’impression que le début de la cinquième république ressemble à la fin du régime d’Alimogo. » Malgré la surveillance, les pressions et les détentions, Marcel Libama reste un roc : fidèle à ses convictions, il continue de se battre pour que chaque voix d’enseignant soit entendue et respectée.
Ce retour à la lumière publique prouve que pour certains hommes, ni la prison ni l’oppression ne suffisent à éteindre l’engagement. Marcel Libama reste, plus que jamais, le symbole d’une résistance syndicale courageuse et déterminée.
