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La fidélité à l’égard d’un leader politique charismatique : regards croisés avec Alfred Nguia Banda

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Dans une récente réflexion, Alfred Nguia Banda, docteur en droit, spécialiste de sociologie politique et des idées politiques, a livré une analyse profonde sur un thème central de la vie publique : la fidélité à l’égard d’un leader politique charismatique. Cet éclairage, richement documenté, mérite une lecture critique tant il met en lumière les ressorts invisibles qui structurent la relation entre un chef et ses partisans.

La fidélité, fille des convictions

« La fidélité est la fille des convictions », écrit Alfred Nguia Banda pour résumer la nature même de ce lien. Selon lui, la fidélité politique s’entend comme « l’attachement, le dévouement et la loyauté à l’égard d’une idéologie, d’une doctrine, d’un parti politique ou d’un leader politique ». Loin d’être un simple slogan, elle constitue un ciment sans lequel le leadership ne peut s’exercer.

À travers cette définition, Nguia Banda rappelle que la fidélité ne se décrète pas. Elle se construit dans le temps, se consolide par la confiance et s’éprouve dans l’action.

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Le charisme : don ou acquis ?

La force de son texte réside dans la mise en perspective du charisme. Citant Max Weber, Nguia Banda rappelle que « le charisme est un pouvoir de domination fondé sur la croyance en des qualités extraordinaires, surnaturelles, surhumaines d’un individu ». Mais il nuance cette vision classique en affirmant que le charisme peut également être un acquis : « Il résulte du coaching, de l’expérience dans l’exercice rationnel du pouvoir politique et s’améliore au fil du temps ».

Cette double approche est intéressante car elle ouvre la voie à l’idée que tout acteur politique, par ses actes, peut transcender son statut pour devenir un véritable leader charismatique.

Trois cercles d’influence : fidèles, transactionnels et famille

L’apport le plus original de Nguia Banda est sans doute sa structuration de l’entourage du leader en trois cercles distincts :

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  • Le noyau dur, formé de fidèles animés par la conviction et la confiance. Ce cercle repose sur « le talent oratoire du leader, la praxis politique et la fidélisation binaire ». Dans ce registre, l’auteur évoque des figures comme Léon Gambetta, Jean Jaurès, Sékou Touré ou encore Pierre Mamboundou, dont la force de conviction a marqué leur époque.
  • Les transactionnels, qualifiés de « mercantilistes » et motivés par des « intérêts vénaux ». Nguia Banda les décrit sans concession : « L’espace politique gabonais, comme bien d’autres en Afrique, est surchargé, truffé de transactionnels ». Il cite notamment la Conférence nationale de 1990 au Gabon et, plus récemment, le ralliement spectaculaire au général Brice Clotaire Oligui Nguema, après le coup de libération du 30 août 2023, d’anciens thuriféraires du régime Bongo.
  • Le cercle familial, autrefois noyé dans le noyau dur mais désormais autonomisé. Selon Nguia Banda, il présente à la fois des atouts (fidélité, actions caritatives, homogamie politique) et des obstacles (risque de substitution au leader, dérives oligarchiques familiales). La chute de Ben Ali en Tunisie, de Soglo au Bénin, ou encore la disgrâce de Mugabe au Zimbabwe sont cités comme des illustrations frappantes.

Fidélité, sincérité et honnêteté : un triptyque fragile

Nguia Banda insiste sur les vertus cardinales nécessaires à la solidité du lien entre leader et fidèles : « La sincérité et l’honnêteté sont moralement incompatibles à la duperie, à la roublardise, à la fourberie et à l’opportunisme ». L’opportunisme politique, selon lui, conduit inexorablement à « la compromission morale » et menace l’équilibre du groupe.

En évoquant la relation binaire Confiance/Trahison, il souligne le paradoxe d’un rapport toujours menacé de fragilisation : la confiance est indispensable, mais elle contient en elle-même « les germes de la trahison ».

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Le cas Oligui Nguema : vers un leadership charismatique ?

Dans son analyse, Alfred Nguia Banda n’élude pas la scène politique gabonaise actuelle. Il estime que le général-président Brice Clotaire Oligui Nguema dispose d’« atouts non négligeables pour acquérir un leadership puissant » grâce à sa volonté politique et à « un capital humain fortement expérimenté » incarné par des personnalités comme Henri-Claude Oyima, Séraphin Davin Akouré ou Régis Onanga Ndiaye.

À travers cette observation, il laisse entrevoir que le leadership charismatique d’Oligui Nguema ne tiendra pas seulement à son aura militaire mais aussi à sa capacité de transformer ses discours en praxis politique concrète.

Une réflexion à méditer

En définitive, Alfred Nguia Banda propose une grille de lecture rigoureuse et nuancée de la fidélité politique. En insistant sur la nécessité de sincérité, d’honnêteté et de vision stratégique, il met en garde contre les périls de la flatterie, du mensonge et de l’accaparement familial.

Son texte résonne comme un avertissement : la fidélité n’est jamais inconditionnelle. Elle se gagne et se perd dans les actes. Comme il le conclut lui-même avec force : « La fidélité est la fille des convictions ».

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