Le sablier du discernement présidentiel s’est retourné ce samedi 5 juillet. D’un geste politique à la fois spectaculaire et lourd de conséquences, le Général-Président Brice Clotaire Oligui Nguema a offert à Brice Laccruche Alihanga une résurrection politique en bonne et due forme. L’ancien tout-puissant directeur de cabinet d’Ali Bongo, tombé en disgrâce puis jeté aux oubliettes par le même régime qu’il servait jusqu’à l’aveuglement, est désormais membre du Conseil stratégique national de l’UDB, nouveau bras politique du Président de la république. Oui, Laccruche est de retour blanchi, réhabilité, glorifié.
Mais alors, Monsieur le Président, et les autres ?
Brice Laccruche n’est pas un simple militant repêché dans la masse. C’est l’homme de l’Ajev, l’architecte d’un système qui a tenu debout un pouvoir moribond. Il était l’ultime rempart d’un régime déjà condamné. C’est cet homme, accusé de détournement de fonds, de concussion, de blanchiment d’argent aujourd’hui encore non blanchi judiciairement que vous choisissez d’ériger en symbole de l’ouverture, du pardon, et du renouveau ?
Fort bien. Mais alors pourquoi Kelly Ondo Obiang, lieutenant patriote qui a osé défier l’injustice au nom du peuple, croupit-il encore à Gros-Bouquet ? Pourquoi d’autres jeunes cadres, anciens hauts fonctionnaires ou simples lanceurs d’alerte qui se sont dressés contre le Bongoïsme finissent-ils dans le même silence que celui que vous avez brisé pour Laccruche ?
Le geste de réhabilitation de Brice Laccruche est puissant. Il peut être lu comme un acte de pardon, une volonté de reconstruire sans exclure. Mais à ce niveau de symbolisme, chaque choix devient un message. Et celui-ci est terrible : seuls les puissants ou les bien connectés ont droit à la rédemption ? Seule l’élite compromise mais stratégique a vocation à être repêchée ?
Si vous êtes l’homme du pardon, Monsieur le Président, alors soyez-le pour tous. Ne devenez pas le justicier sélectif qui trie les douleurs selon leur utilité politique. Ne faites pas de la réhabilitation une récompense pour services rendus, mais une justice restaurée pour tous ceux que l’ancien régime a broyés.
En réhabilitant Brice Laccruche Alihanga, vous prenez un pari risqué : celui d’associer à votre projet de refondation un homme dont le nom, qu’on le veuille ou non, évoque autant la technocratie brillante que la prédation. Ce choix vous lie, vous engage. Il oblige.
Il vous oblige à démontrer que cette réhabilitation n’est pas un recyclage cynique, mais une stratégie assumée de reconstruction nationale. Il vous oblige à prouver que vous n’êtes pas le continuateur déguisé d’un système à bout de souffle, mais l’homme de la rupture.
Et surtout, il vous oblige, Monsieur le Président, à ne pas vous arrêter là.
Si vous êtes capable de redonner un nom, une voix et une place à Laccruche, alors vous ne pouvez plus détourner les yeux de Kelly Ondo Obiang, des jeunes leaders écrasés par la machine judiciaire, des prisonniers politiques oubliés.
Vous ne pouvez pas ouvrir une porte pour un seul, et la refermer sur tous les autres. À moins que vous ne soyez, comme vos prédécesseurs, prisonnier des rapports de force et des calculs de clans. Mais si vous êtes véritablement ce militaire droit et franc dont vous revendiquez l’héritage, alors l’heure est venue de mettre fin aux injustices collectives, pas de les déplacer.
Monsieur le Président, à travers Laccruche, vous avez lancé un signal. À vous désormais d’en assumer l’écho.
