Les vieilles habitudes ont décidément la peau dure. La Vᵉ République devait incarner la rupture. Pourtant, à quelques heures de la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse 2026, c’est encore le flou total autour de l’organisation de cet événement censé célébrer… la transparence et la liberté d’informer.
Ironie troublante : la presse est célébrée sans véritable implication de la presse elle-même.
Le programme officiel est déjà diffusé. Signé par un comité d’organisation dont personne ne connaît réellement la composition. Comme souvent, les manettes semblent tenues par des agents du ministère de la Communication, dont plusieurs ne sont même pas issus de la corporation journalistique. Une journée dédiée aux journalistes, organisée sans les journalistes : le paradoxe est saisissant.

C’est un peu comme confier l’organisation d’un anniversaire à des inconnus sans consulter la personne concernée. Ou encore placer un homme incapable de conduire au contrôle d’une auto-école. Cherchez l’erreur.
Autre zone d’ombre : le budget.
Combien coûtera cette édition 2026 de la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse ? Mystère total. Aucun chiffre officiel n’a filtré. Ni montant global, ni détail des dépenses, ni informations sur d’éventuels marchés ou prestataires. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’argent public, la transparence devrait être une exigence minimale, surtout dans un événement censé promouvoir les valeurs de liberté et de responsabilité.
Même opacité concernant les distinctions annoncées pour « plusieurs anciens journalistes ». Qui sont-ils ? Qui les a choisis ? Selon quels critères ? Là encore, silence radio. La reconnaissance professionnelle ne peut se construire dans les couloirs obscurs ni sur des décisions prises en cercle fermé.
Et que dire du représentant de la presse chargé de lire le message officiel le 8 mai ? Son identité circule sans qu’aucun processus clair de désignation n’ait été communiqué. A-t-il été choisi par les rédactions ? Par les organisations professionnelles ? Ou directement désigné par le ministère ? Personne ne le sait.
Monsieur le Ministre Germain Biahodjow, vous êtes récemment arrivé à la tête de cette institution. Beaucoup estiment d’ailleurs que certaines pratiques pourraient être perpétuées dans votre dos par des collaborateurs habitués aux anciennes méthodes. Car ce sont souvent ces fonctionnaires de l’ombre qui créent les tensions entre la presse et le ministre en agissant discrètement au nom de son autorité.
Mais aujourd’hui, c’est votre image qui risque d’être associée à cette gestion opaque.
La Vᵉ République promettait une gouvernance nouvelle. Où est la rupture si les mêmes mécanismes persistent ? Où est la transparence si tout se décide dans le secret ? La liberté de la presse commence aussi par la clarté dans l’organisation de sa propre célébration.
Parler de « mafia » serait sans doute excessif. Mais lorsque rien n’est expliqué, rien n’est chiffré et presque rien n’est assumé publiquement, le soupçon finit inévitablement par s’installer. Et le soupçon est le pire ennemi de la confiance.
J’assume pleinement la responsabilité des interrogations et des critiques formulées dans cette tribune. Si cette mise en garde devait être mal interprétée au sein du ministère, ou si, comme cela arrive parfois dans l’ombre, certaines personnes tentaient de nuire à mon média ou à ma personne, je considère malgré tout qu’il était nécessaire de parler. Car le silence face aux mauvaises pratiques du passé serait une forme de complicité avec ce que la rupture promise prétend justement combattre.
— Rhonny Placide Obame, directeur de publication du Magazine Super Star.
NB : Ces interrogations sont formulées sur la base des informations disponibles au 6 mai 2026. Le ministère de la Communication et des Médias n’avait pas encore réagi au moment de la rédaction.






