À force de vouloir rassembler tout le monde, le pouvoir finit par protéger ceux qui ont tout détruit. L’inclusive, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, n’est plus un idéal politique : elle est devenue un alibi commode pour recycler les responsables d’hier et maintenir en vie un système que le peuple croyait avoir enterré.
Personne ne conteste le principe de l’ouverture. Gouverner par l’exclusion systématique mènerait au chaos. Mais gouverner sans mémoire, sans filtre et sans exigence morale est encore plus dangereux. Car intégrer indistinctement, c’est permettre à ceux qui ont failli, pillé et trahi de se repositionner sans jamais rendre compte.
Le message envoyé lors du Dialogue National Inclusif était pourtant limpide. Les Gabonais ne réclamaient pas une simple alternance de visages, mais une rupture claire avec l’architecture politique du passé. Le refus de traduire cette volonté populaire en actes forts a ouvert la voie à une continuité déguisée. Les anciens cadres du régime déchu ont simplement changé de costume, troqué une carte politique contre une autre, sans renoncer à leurs vieux réflexes.
Croire que ces acteurs allaient soudainement se convertir à l’éthique publique relève de la naïveté politique. On ne transforme pas des prédateurs en bâtisseurs par la magie d’un discours. Leur logiciel reste le même : capter les ressources, verrouiller les postes, instrumentaliser les institutions. Et pendant ce temps, les pratiques de détournement et de tricherie prospèrent dans l’ombre d’un pouvoir trop indulgent.
Le drame, c’est que cette indulgence est confondue avec la sagesse. Or, il ne s’agit pas de sagesse, mais d’une erreur stratégique majeure. La main tendue devient une faiblesse quand elle n’est pas accompagnée de lignes rouges infranchissables. Le pardon politique, lorsqu’il n’est pas précédé de vérité et de responsabilité, se transforme en prime à l’impunité.
Les dernières échéances électorales ont agi comme un révélateur brutal. Les soupçons de manipulations et les méthodes contestées rappellent étrangement celles d’un passé que l’on prétendait avoir tourné. Preuve supplémentaire que ceux qui hier entouraient Ali Bongo n’ont jamais changé, ni de culture politique, ni de morale, ni d’objectifs.
Penser que ces acteurs serviront loyalement la République est une illusion dangereuse. Leur loyauté va là où se trouvent l’argent, les honneurs et les protections. Le mot « patriotisme » n’est pour eux qu’un slogan creux, utile uniquement en période de discours officiels.
Le véritable courage politique ne consiste pas à ménager tout le monde, mais à assumer des choix clairs. Gouverner, ce n’est pas recycler l’échec, c’est rompre avec lui. Tant que l’inclusivité servira de couverture à la continuité du système, le renouveau promis restera une fiction, et la déception populaire, une bombe à retardement.





