La Guinée-Bissau vit à nouveau un scénario déjà connu ailleurs sur le continent africain. À l’image de ce qui s’est passé au Gabon en 2023, le pays a été le théâtre d’un coup d’État militaire qui, étonnamment, ne s’accompagne d’aucune effusion de sang. Pourtant, derrière cette apparente « discipline », la gravité des événements reste totale : le processus électoral a été suspendu et le vrai vainqueur, celui que les urnes avaient désigné, a été complètement ignoré.
Dans cette situation, les militaires ne se contentent pas d’interrompre le scrutin ou de « corriger » ce qu’ils estiment être des erreurs. Non, ils s’installent au sommet du pouvoir, prenant des décisions sans aucun mandat démocratique. L’exemple gabonais montre que ces coups d’État ne servent pas à restaurer la volonté du peuple, mais à satisfaire l’ambition de quelques officiers.
Toutefois, il existe une petite différence notable avec le Gabon. Le coup d’État gabonais avait été salué par une partie du peuple, désireuse de sortir de près de 60 ans de dictature. Le nom donné par les militaires à leur action, « coup de libération », avait rapidement été adopté par les Gabonais. Même si, aujourd’hui, certains commencent à considérer ce coup d’État comme n’ayant pas été un vrai changement, les piliers du régime déchu étant revenus aux affaires et la majorité des barons impliqués dans détournements et autres crimes contre le peuple restant impunie, la différence reste que le peuple gabonais avait initialement accepté l’intervention militaire, contrairement à la situation en Guinée-Bissau, où tout reste flou quant aux véritables motivations qui ont conduit les militaires à agir.
L’Afrique, continent riche de potentialités et de jeunes générations, semble être en permanence confrontée à ce même cycle : élections organisées, résultats contestés, tension politique, puis intervention militaire. Malheureusement, ces interventions ne garantissent ni justice, ni démocratie, ni respect de la voix des citoyens. Elles renforcent seulement le pouvoir des armes au détriment du pouvoir du peuple.
Si l’armée avait pour unique rôle de protéger la démocratie et la vérité des urnes, beaucoup de tensions pré- et post-électorales pourraient être évitées. Mais l’histoire récente montre que trop souvent, les forces armées se transforment en acteurs politiques, rivalisant pour le contrôle du pays plutôt que pour sa protection.
La Guinée-Bissau et le Gabon partagent donc ce triste constat : des scrutins ignorés, des vainqueurs écartés et des militaires au pouvoir. Pour que le continent connaisse plus de stabilité et de justice, il faudra que les armées africaines se placent enfin au-dessus des querelles politiques, et non au cœur de celles-ci.
Cet article a été écrit sur la base d’une réflexion de Moussa Pounaba, un internaute.









