À l’heure où le Gabon traverse une nouvelle zone de turbulences sociales, la crise de l’éducation révèle bien plus qu’un simple conflit syndical. Entre revendications légitimes et arrière-pensées politiques, la grève semble progressivement quitter le terrain social pour s’inscrire dans une logique de confrontation du pouvoir. Le mouvement SOS Éducation, désormais au centre de toutes les attentions, soulève de sérieuses interrogations quant à sa structuration, ses objectifs réels et les forces qui l’animent. Dans ce contexte tendu, où l’école devient le théâtre d’enjeux dépassant largement la salle de classe, certains y voient une tentative de fragilisation du sommet de l’État. C’est cette lecture lucide et sans concession que développe l’expert en intelligence et stratégie de la communication politique, Til Mve Ondo, à travers le libre propos que nous publions.
Libre propos de Til Mve Ondo

À chaque grande étape que traverse notre nation, l’expérience des gouvernants est mise à rude épreuve par la tension sociale. Qu’il s’agisse de l’éducation, de la santé ou même de l’enseignement supérieur, nous ne sommes jamais à l’abri de manœuvres politiciennes visant à démontrer l’incapacité supposée des dirigeants à conduire un État pourtant démocratiquement souverain.
Le secteur de l’éducation constitue, depuis des décennies, la véritable poudrière sociale du pays. Dans les années 1990, ce fut l’époque du SENA de Samuel Ngoua Ngou, puis celle de l’USAP conduite par Christine Bitouga.
Si les revendications ont toujours été légitimes, il n’en demeure pas moins que la fougue revendicative née à la base attire systématiquement des acteurs politiques et divers lobbies, toujours prompts à exploiter ces crises pour réclamer la tête d’un dirigeant, afin de prouver aux yeux du monde qu’il serait inapte à gouverner.
Le pari risqué du Président Brice Clotaire Oligui Nguema fut d’avoir pris le pouvoir à un moment où personne ne s’y attendait. Ce geste a pris de court une classe politique qui considérait le Gabon comme un acquis financier.
Aujourd’hui, ces mêmes acteurs s’emploient à tout mettre en œuvre pour récupérer ce qu’ils estiment leur appartenir. Depuis le retour à l’ordre constitutionnel, certains bénéficiaires de la Transition voient progressivement leurs privilèges disparaître. La crise de l’éducation apparaît alors, pour eux, comme une opportunité idéale pour tenter de faire tomber le Chef de l’État.
Quant à Carmelia Ntoutoume Leclercq, elle demeure l’une des rares ministres à avoir traversé le temps. Forte de six années de magistère, Vice-présidente du PDG et députée élue, elle a été élevée par le Président de la République au rang de Ministre d’État.
De nombreux acteurs politiques, y compris dans le monde de l’éducation, avaient pourtant parié sur son départ, estimant que son parti ne disposait plus de la majorité parlementaire. Ils ont oublié que certains portefeuilles ministériels exigent avant tout de l’expérience et de la compétence.
Au moment où le gouvernement a pris la décision ferme d’accéder au cahier de charges des leaders syndicaux, et qu’un protocole d’accord a été signé et acté, une question fondamentale se pose : cette grève a-t-elle encore une raison d’être ?
D’autant plus que toutes les parties se sont engagées à la reprise des cours, ainsi qu’au règlement progressif des situations administratives des enseignants.
Le mouvement SOS Éducation, composé de plusieurs centrales syndicales, ne dispose d’aucune existence juridique claire ni d’une hiérarchie établie, tout en portant pourtant des revendications majeures.
Dès lors, qui est civilement responsable des actes posés en son nom, alors que l’on observe au moins trois tendances internes ?
Qui est l’interlocuteur légitime, lorsque ceux qui dialoguent avec le gouvernement sont systématiquement désavoués par la base ?
Ce que nous tentons de démontrer ici, c’est que cette grève, initialement fondée sur des revendications sociales, a progressivement pris une tournure politique. Elle viserait désormais à fragiliser le Président de la République et la ministre de l’Éducation, dans un contexte où le Chef de l’État assume également la présidence du gouvernement.
Cette tension sociale entretenue devient ainsi une véritable boîte de Pandore, destinée à embraser tous les secteurs sensibles afin de rendre le pays ingouvernable sous l’autorité de Brice Clotaire Oligui Nguema.
Til Mve Ondo,Expert en intelligence, stratégie de la communication
et marketing politique
Ce libre propos met en lumière une réalité dérangeante : au Gabon, la souffrance sociale peut parfois servir de carburant politique.
Lorsque les revendications cessent d’être un moyen de pression légitime pour devenir un instrument de déstabilisation, c’est l’avenir même de la nation qui se retrouve pris en otage.
À l’heure où un protocole d’accord a été signé, où l’intérêt supérieur de l’enfant gabonais devrait primer, la poursuite du bras de fer interroge.
Car si l’école tombe, c’est la République entière qui vacille.
Entre revendication sociale et calcul politique, la ligne est désormais mince. Et l’Histoire, elle, jugera ceux qui auront choisi la nation… et ceux qui auront préféré le chaos.






