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Grève des enseignants : Mbadinga, allié du pouvoir, piétine les grévistes et détourne la Bible pour justifier l’injustice

Last updated: 4 février 2026 8h57
Published: 4 février 2026
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Il y a des silences qui tuent et des paroles qui humilient. En pleine grève des enseignants, alors que des milliers d’hommes et de femmes survivent depuis dix, quinze ans avec des salaires amputés, irréguliers ou inexistants, parfois trois ou quatre années sans le moindre franc versé, le pasteur Michel Francis Mbadinga a choisi de parler. Et il a choisi de le faire contre les enseignants, jamais contre le système qui les broie.

Bible en main, ton moralisateur, posture de donneur de leçons, le leader de l’Église de Béthanie invoque la « vocation » pour demander aux enseignants de reprendre le travail. Comme si la vocation devait remplacer le salaire. Comme si la foi devait nourrir les familles. Comme si l’engagement professionnel devait justifier la misère. Pour beaucoup de Gabonais, ce discours n’est ni spirituel ni responsable : il est indécent, insultant et scandaleux.

Les réseaux sociaux se sont embrasés, non par haine de la religion, mais par rejet d’un discours perçu comme méprisant, déconnecté et complice de l’injustice sociale. « Quelqu’un qui travaille dix ans sans salaire n’a pas de vocation, il est exploité », écrit un internaute. Une autre tranche : « La vocation n’est pas un bulletin de salaire ». Ces réactions disent tout.

À quel moment a-t-on décidé qu’un enseignant devait accepter l’humiliation permanente au nom de l’amour du métier ? À quel moment la Bible est-elle devenue un outil pour demander aux pauvres de se taire pendant que l’État accumule les promesses non tenues ? Cette rhétorique dangereuse transforme la foi en instrument de domination sociale et politique.

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Plus grave encore, appeler les parents à envoyer les enfants à l’école alors que les enseignants sont absents relève soit de l’ignorance, soit de la mauvaise foi. Les Gabonais le savent : une école ouverte sans enseignants n’est pas un sanctuaire éducatif, mais un espace de dérive, où les enfants livrés à eux-mêmes sont exposés à la délinquance, aux dérives et aux activités illicites. « Envoyer les enfants à l’école sans enseignants, c’est les abandonner », martèlent plusieurs commentaires.

L’hypocrisie devient totale lorsque des internautes rappellent une réalité que le pasteur Mbadinga évite soigneusement : ses propres enfants ne fréquentent pas l’école publique. Pourquoi ? À cause du mauvais fonctionnement des structures de l’État : manque d’enseignants, effectifs pléthoriques, chaos organisationnel. Exactement ce que vivent les enseignants qu’il appelle aujourd’hui au sacrifice. Ce décalage achève de discréditer son discours.

L’argument historique sur les écoles confessionnelles, présenté comme une preuve de supériorité morale, est lui aussi violemment contesté. Oui, l’Église a formé des cadres gabonais. Mais pas par bonté d’âme. Elle l’a fait parce qu’elle a précédé l’État, parce qu’elle occupait un vide institutionnel, parce que cela garantissait sa survie, son influence et son pouvoir. Faire passer cette réalité historique pour un acte de charité relève de la falsification et de la manipulation historique.

Pire encore, ériger l’école confessionnelle en modèle supérieur est une insulte à l’intelligence collective. Ces établissements fonctionnent grâce à un système de triple financement : argent du clergé, subventions de l’État et contributions des parents. Pendant ce temps, l’école publique est volontairement affaiblie, abandonnée, sabotée, avec des enseignants maintenus quinze ans au statut de stagiaire, sans droits, sans reconnaissance, sans avenir. Où était la voix du pasteur pendant toutes ces années de précarisation ? Où était l’indignation morale ?

Aujourd’hui, cette parole religieuse surgit non pour défendre les opprimés, mais pour appeler à la résignation. Pour beaucoup de Gabonais, le message est clair : l’Église choisit le camp du pouvoir contre celui des enseignants. Un internaute résume crûment : « Même l’Église, censée défendre les faibles, se range du côté du bourreau ».

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Cette prise de position pose un problème grave dans une République qui se proclame laïque. Le Gabon n’est pas une paroisse. Il n’est ni un diocèse ni une mission évangélique. Le pouvoir ne se négocie pas depuis une chaire, et la politique éducative ne se dicte pas à coups de versets bibliques. Utiliser la foi pour neutraliser une revendication salariale légitime est un danger pour la démocratie et pour l’avenir du pays.

Le plus révoltant, enfin, reste ce silence assourdissant des « voix autorisées » lorsque les enseignants étaient écrasés dans l’indifférence générale. Pas un mot. Pas un sermon. Pas une pression morale sur l’État. Aujourd’hui, ces mêmes voix s’élèvent pour exiger des sacrifices supplémentaires, au nom des enfants, au nom de la paix sociale, au nom de Dieu.

La colère populaire est sans ambiguïté : la foi relève de la sphère privée, l’éducation nationale relève de la souveraineté républicaine. Oui, les écoles confessionnelles peuvent exister. Mais l’école de la République doit rester la colonne vertébrale de la nation. La fragiliser par un discours religieux opportuniste, c’est affaiblir l’État, trahir les enseignants et hypothéquer l’avenir du pays.

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Et beaucoup de Gabonais concluent, amers mais lucides : on ne cite pas la Bible pour justifier la misère de ceux qui tiennent l’école debout pendant que d’autres prêchent confortablement.

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