Alors que le Gabon tente péniblement de sortir d’une longue séquence de tensions sociales et politiques, la décision du maire de Libreville d’occuper l’esplanade de l’école Martine Oulabou le jour même que SOS éducation doit se réunir en assemblée générale apparaît comme un acte d’une gravité préoccupante. En programmant un événement municipal au même moment et au même endroit que l’assemblée générale du collectif SOS Éducation, l’édile donne le sentiment d’une provocation délibérée à l’endroit des enseignants, tout en fragilisant dangereusement la stratégie d’apaisement portée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.
Depuis plusieurs semaines, le collectif SOS Éducation mobilise massivement le corps enseignant autour d’un enjeu crucial : décider de la poursuite ou non de la grève. L’école Martine Oulabou, haut lieu symbolique des grandes décisions du mouvement enseignant, devait accueillir cette concertation décisive. Pourtant, malgré l’existence de nombreux espaces publics adaptés à Libreville gymnases, esplanades ou sites municipaux le maire Pierre Marie Obiang Etoughe a choisi de s’imposer précisément dans ce lieu hautement sensible.
Pour de nombreux observateurs, il ne s’agit ni d’un hasard ni d’une contrainte administrative, mais bien d’un acte de défi assumé. En s’attaquant à un espace symbolique de la lutte enseignante, le maire ne se contente pas de provoquer les grévistes : il prend le risque d’enflammer une situation sociale déjà explosive et de torpiller les efforts de dialogue engagés au sommet de l’État.
Sur le terrain, la tension est palpable. Les enseignants, largement soutenus par les parents d’élèves, maintiennent le mot d’ordre de grève. Dans le même temps, les tentatives de communication du ministère de l’Éducation nationale et de certains syndicats proches du pouvoir évoquant des solutions imprécises et des reprises de cours imminentes se trouvent discréditées par cet affront municipal, perçu comme une provocation inutile.




Ci-dessus, les enseignant à l’explanade de l’Ecole Martine Oulabou
Le message envoyé est dangereux. Il suggère que certaines autorités locales privilégient la confrontation à la concertation, la démonstration de force au dialogue social. Dans un pays où le corps enseignant est profondément éprouvé et où l’opinion publique observe avec attention chaque signal du pouvoir, une telle posture peut avoir des conséquences lourdes et imprévisibles.
L’enjeu dépasse désormais le cadre local. En agissant de la sorte, le maire de Libreville affaiblit la crédibilité du président Oligui Nguema auprès des Gabonais et compromet la politique de restauration de la dignité, de la confiance et du dialogue social que la Transition prétend incarner. Ce n’est plus un simple bras de fer municipal : c’est un acte susceptible de raviver les tensions à l’échelle nationale.
Face à cette situation, une seule voie reste raisonnable : revenir à la raison, permettre aux enseignants de se réunir librement et pacifiquement, et rétablir un minimum de confiance. Toute autre option risque de rallumer une crise sociale que le pays ne peut plus se permettre.
L’école n’est pas un champ de bataille politique. Et chaque décision mal calculée finit toujours par être payée, non par ses auteurs, mais par la nation tout entière.





