Au croisement de l’histoire africaine et latino-américaine, le nom de Gaspar Yanga occupe une place singulière. Révolutionnaire afro-descendant devenu symbole de liberté au Mexique, Gaspar Yanga est, selon plusieurs sources historiques et recherches contemporaines, d’origine gabonaise. À travers lui se cristallise l’histoire méconnue des esclaves originaires d’Afrique centrale, déportés vers les Amériques, et qui ont su s’organiser pour reconquérir leur liberté.
Yanga, du Gabon au Mexique : trajectoire d’un héros universel
Né dans l’actuel territoire du Gabon au XVIe siècle, Yanga fut capturé puis envoyé comme esclave au Mexique, dans la région de Veracruz. Refusant sa condition, il prit la tête d’une révolte d’esclaves marrons dès 1570, formant une communauté résistante dans les montagnes. Pendant près de quarante ans, Yanga et ses compagnons menèrent une lutte armée acharnée contre les colons espagnols.
En 1609, après plusieurs tentatives d’écrasement de sa communauté, les autorités espagnoles furent contraintes de reconnaître son autonomie. La création du village libre de San Lorenzo de Los Negros marque un événement fondateur dans l’histoire des droits des Afro-descendants en Amérique.
L’enjeu mémoriel pour le Gabon : entre histoire et responsabilité
Si au Mexique Yanga est reconnu et célébré comme un héros national, au Gabon, son histoire reste encore trop peu valorisée. Pourtant, sa figure incarne une part essentielle de la mémoire diasporique gabonaise et africaine, un symbole de résistance face à l’oppression.
Dans une démarche de réhabilitation scientifique et culturelle, l’Institut YANGA-NZINGA, présidé par l’ancien ministre gabonais Alfred Mabika, entend combler ce vide mémoriel. Après une première édition en 2023, l’Institut organise la deuxième édition de la Grande Rencontre Culturelle et Scientifique autour de Gaspar Yanga, du 8 au 10 août 2025, à Mouila.
Une rencontre internationale aux ambitions affirmées
L’événement se veut une plateforme d’échanges entre chercheurs, historiens, anthropologues et acteurs politiques et culturels du monde entier. Des délégations du Brésil et d’Afrique du Sud sont notamment attendues, soulignant l’importance panafricaine et transatlantique de cette initiative.
Les thématiques abordées incluront :
- L’histoire des esclavages et des résistances africaines ;
- Le rôle des diasporas africaines dans la construction des sociétés modernes ;
- Les enjeux de mémoire, de réparation et de valorisation du patrimoine commun.
Entre science, culture et responsabilité historique
À travers Gaspar Yanga, c’est une page oubliée de l’histoire du Gabon qui se rouvre. En organisant cette rencontre culturelle et scientifique à Mouila, le Gabon affirme sa volonté d’assumer sa place dans la grande histoire des résistances africaines et diasporiques. Il s’agit non seulement d’honorer un héros, mais aussi de rappeler à la jeunesse gabonaise et africaine que l’histoire ne se subit pas : elle se construit.
