À l’occasion de la célébration de la fête de l’Indépendance, trois responsables politiques gabonais ont lancé, ce mercredi 12 août, un appel au respect des institutions républicaines et à la responsabilité dans le débat public.
- Défendre les institutions sans interdire la critique
- Le rappel des dispositions du Code pénal
- « La famille ne doit pas devenir le champ de bataille de la politique »
- Un appel à un activisme citoyen responsable
- Entendre aussi les causes de la colère
- « Le Président passera, la République demeurera »
- Pour un débat politique sans haine
La déclaration a été faite au siège du CAC, le parti dirigé par l’ancien ministre Florentin Moussavou, en présence de Paskhal Nkoulou, président du BDP, de David Mbadinga, président de l’UPGL et ancien ministre, et de Florentin Moussavou, président du CAC et ancien ministre.
Intitulée « La République, le citoyen et les institutions », cette déclaration intervient dans un contexte marqué, selon ses signataires, par une multiplication des attaques verbales et personnelles visant le président de la République, son épouse et désormais sa mère.
Défendre les institutions sans interdire la critique
D’emblée, les trois responsables politiques prennent soin de distinguer la défense des institutions de toute volonté de limiter la liberté d’expression.
Ils reconnaissent que, dans une République, le chef de l’État peut être critiqué, que son action peut être contestée et que ses décisions peuvent faire l’objet d’une opposition politique.
Pour eux, la ligne rouge se situe toutefois entre la critique argumentée et l’injure, entre l’opposition politique et la haine, ou encore entre l’interpellation citoyenne et l’attaque personnelle.
« L’injure n’est pas un argument. La vulgarité n’est pas du courage. L’humiliation n’est pas de l’engagement citoyen. Et la haine n’est pas du patriotisme », affirment-ils.
Les signataires estiment ainsi que le débat démocratique doit rester compatible avec le respect de la dignité des personnes et des institutions.
Le rappel des dispositions du Code pénal
Dans leur déclaration, Paskhal Nkoulou, David Mbadinga et Florentin Moussavou s’appuient également sur plusieurs dispositions du Code pénal gabonais relatives à l’outrage, à la diffamation et à l’injure.
Ils évoquent notamment les articles 157 et 158 concernant l’outrage envers les personnes dépositaires de l’autorité publique et le Président de la République, ainsi que les articles 283 et 286 relatifs respectivement à la diffamation et à l’injure.
Les trois responsables assurent toutefois qu’il ne s’agit pas, à travers ce rappel juridique, de chercher à « instrumentaliser la loi pour faire taire la critique ».
Selon eux, la liberté d’expression implique également des responsabilités et doit s’exercer dans le respect du cadre légal.
« La famille ne doit pas devenir le champ de bataille de la politique »
L’un des points forts de la déclaration concerne les attaques visant désormais l’entourage familial du chef de l’État.
Les trois hommes estiment que les divergences politiques ne devraient pas conduire à transformer la famille en cible de la confrontation politique.
« On peut combattre une politique sans combattre une famille. On peut contester un Président sans insulter sa mère. On peut s’opposer à un Gouvernement sans humilier son épouse », soulignent-ils.
Pour les signataires, cette exigence relève également d’une certaine conception de la dignité nationale et du vivre-ensemble.
Un appel à un activisme citoyen responsable
La déclaration s’adresse également aux activistes, opposants et acteurs des réseaux sociaux.
Les trois responsables reconnaissent la nécessité d’un activisme citoyen capable de dénoncer les injustices, de révéler les dysfonctionnements et d’exiger des comptes aux dirigeants.
Mais ils récusent l’idée selon laquelle la violence des propos serait une preuve de courage ou d’engagement.
Ils invitent plutôt les citoyens à argumenter, démontrer, convaincre, proposer et dénoncer lorsque cela est nécessaire.
Entendre aussi les causes de la colère
La déclaration ne se limite toutefois pas à condamner les excès du débat public. Ses auteurs reconnaissent également que la colère exprimée dans la société peut avoir des causes profondes qu’une République responsable doit savoir entendre.
Ils appellent ainsi les pouvoirs publics à écouter les citoyens, à reconnaître les insuffisances et à apporter des réponses aux frustrations qui traversent la société.
« Le remède à la colère citoyenne ne peut donc pas être l’insulte. Mais le remède à l’insulte ne peut pas non plus être le refus d’entendre les causes profondes de cette colère », écrivent-ils.
Pour les trois responsables politiques, le défi consiste donc à maintenir simultanément l’autorité de l’État, la liberté d’expression et la capacité des institutions à répondre aux préoccupations des citoyens.
« Le Président passera, la République demeurera »
Au cœur de leur message figure enfin une distinction entre les hommes qui exercent le pouvoir et les institutions de la République.
« Le Président de la République passera. Les gouvernements passeront. Les majorités politiques passeront. Les oppositions passeront. Mais la République demeurera », rappellent-ils.
Cette conception fonde leur appel à une culture politique davantage axée sur le respect des règles communes et la préservation des institutions.
Ils insistent sur le fait que respecter le président de la République ne signifie pas approuver toutes ses décisions, pas plus que respecter l’État ne signifie renoncer à ses convictions.
Pour un débat politique sans haine
À travers cette déclaration commune, Paskhal Nkoulou, David Mbadinga et Florentin Moussavou appellent donc à une réhabilitation du débat politique fondé sur les arguments plutôt que sur les attaques personnelles.
À quelques jours de la célébration de l’Indépendance du Gabon, ils invitent les citoyens de l’intérieur comme de la diaspora à faire de cette période un moment de mémoire, de rassemblement et de réflexion sur les droits mais aussi les devoirs du citoyen.
« Réapprenons à débattre sans nous détruire. Réapprenons à nous opposer sans nous haïr », exhortent-ils.
Les trois responsables concluent leur déclaration par un message d’unité nationale, appelant les Gabonaises et les Gabonais à préserver la République, à respecter les institutions et à faire vivre la cohésion nationale.
« Vive la République ! Vive le Gabon ! », lancent-ils en guise de conclusion, tout en souhaitant à l’ensemble du peuple gabonais une excellente fête de l’Indépendance.






