À Libreville, derrière les murs discrets de Cosmoparc, la parole s’est libérée avec gravité et détermination. Mardi 5 mai 2026, à 16 heures, Madame Claudine Aïcha Tsoumbou, présidente de l’Association Réconciliation et survivante de la crise post-électorale de 2016, a pris la parole lors d’une conférence de presse lourde de sens, entre témoignage, interpellation et appel à l’action.
D’emblée, le ton est donné. Revenue d’exil, la responsable associative ne se contente pas d’un simple compte rendu. Elle expose, accuse et alerte. Au cœur de son intervention : la restitution des activités du collectif à l’association, sa participation à des rencontres internationales à Genève et son invitation à Paris par le Comité contre la torture (CAT).

UN TÉMOIGNAGE QUI DÉRANGE SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE
À Genève, Claudine Aïcha Tsoumbou n’a pas parlé en observatrice, mais en victime. Elle affirme avoir subi des actes de torture en 2024, en pleine période de transition. Son intervention s’inscrit dans le cadre de l’examen périodique du Gabon, où la société civile confronte ses rapports à ceux de l’État et des institutions internationales, notamment l’Union européenne et l’ONU.
Le constat dressé est sans détour : le rapport publié le 1er avril 2026 classe le Gabon parmi les pays où la torture est pratiquée. Une affirmation lourde de conséquences pour l’image du pays à l’international.
Mais loin d’un discours de vengeance, la présidente de l’Association Réconciliation insiste sur une autre voie : « Il ne s’agit pas de détruire le Gabon, mais de le reconstruire dans la vérité ». Elle appelle à une coopération sincère entre l’État et la société civile pour restaurer la crédibilité du pays.

2016 : UNE PLAIE TOUJOURS OUVERTE
Dix ans après les violences post-électorales, les blessures restent béantes. Claudine Aïcha Tsoumbou réclame la mise en place urgente d’un comité de vérité, de justice et de réparation. Elle pointe du doigt, sans détour, les responsabilités : « Ceux qui ont tué les Gabonais en 2016 portaient l’uniforme. »
Une déclaration forte, qui remet au centre du débat la question de l’impunité. Pour elle, l’avenir du pays ne peut se construire sans affronter ce passé : « Il faut que l’État regarde 2016 en face et dise : plus jamais ça. »
ENTRE RECONNAISSANCE ET ATTENTES VIS-À-VIS DU POUVOIR
Dans un discours nuancé, la présidente salue toutefois certaines avancées. Elle félicite le bon déroulement des élections de 2025, marquées par une inclusivité apaisée. Elle adresse également ses remerciements au Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, notamment pour sa libération en 2024 et pour certaines actions symboliques engagées.
Mais derrière ces marques de reconnaissance, les attentes restent immenses. Elle appelle à l’application rapide des instructions présidentielles concernant la prise en charge sanitaire et sociale des victimes, dont certaines vivent encore avec des séquelles physiques graves.
“LIBERTÉ À GENOUX” : LE CRI D’UNE MÉMOIRE BLESSÉE
Pour ne pas laisser l’histoire sombrer dans l’oubli, l’Association Réconciliation a publié un ouvrage intitulé « Liberté à genoux », écrit par son secrétaire général Gildas Ngomba. Un livre-témoignage qui documente les horreurs vécues et porte un message clair : stopper définitivement le cycle de violence.
UNE PAROLE ENTRE PEUR ET COURAGE
La conférence de presse s’est tenue dans un climat chargé d’émotion. Derrière chaque mot, une douleur encore vive. Derrière chaque silence, une peur persistante. Car, comme l’a rappelé Claudine Aïcha Tsoumbou, raconter l’horreur reste une épreuve, même des années après.
Mais malgré la frayeur, la parole est sortie. Et avec elle, une exigence : que justice soit rendue, que la vérité éclate, et que le Gabon ne revive jamais une telle tragédie.
Plus qu’un témoignage, c’est un avertissement.






