Pendant que l’attention publique se concentre sur des débats politiques et institutionnels, une réalité plus concrète continue de peser sur le quotidien des Gabonais : le coût de la vie. Une vie chère qui n’est pas seulement le résultat des marchés internationaux ou des circuits de distribution, mais qui semble prendre racine à un point bien précis : le port.
Car c’est là, dès l’arrivée des marchandises, que commence un parcours complexe, coûteux et souvent incompris. Le port, censé être une porte d’entrée économique, apparaît de plus en plus comme un système dense, composé de multiples intervenants et de couches successives de frais. Douane, logistique, magasinage, acconage, manutention, taxes diverses et prestations techniques : chaque maillon ajoute sa part au coût final.
Pris individuellement, ces éléments sont légaux, encadrés et justifiés. Mais leur accumulation crée un effet global difficile à expliquer au citoyen. Le résultat est une facture finale souvent très éloignée de la valeur initiale des marchandises importées.
Ainsi, un véhicule acquis à l’étranger pour 2 500 000 FCFA peut nécessiter près de 2 000 000 FCFA de frais pour être retiré du port. Un conteneur estimé à 5 000 000 FCFA peut générer entre 3 000 000 et 4 000 000 FCFA de charges additionnelles. Même des colis personnels de faible valeur peuvent subir des coûts de dédouanement disproportionnés, dépassant parfois 150 000 FCFA.

Chaque coût peut être justifié séparément, mais c’est leur empilement qui interroge. Et surtout, leur lisibilité. Car pour le citoyen, le fonctionnement global du système portuaire reste difficile à comprendre. Les règles existent, mais leur lecture est complexe. Les acteurs sont nombreux, mais leurs responsabilités souvent diluées. Le résultat final est un système perçu comme opaque.
Dans ce contexte, une réalité s’impose : le citoyen paie, mais il ne comprend pas toujours ce qu’il paie. Il subit des montants qu’il ne peut ni anticiper ni vérifier pleinement. Cette absence de visibilité alimente un sentiment d’injustice et d’impuissance.
Peu à peu, cette mécanique dépasse la simple question administrative pour devenir une question économique majeure. Car ces coûts portuaires se répercutent directement sur les prix des produits. Un article importé à 150 000 FCFA peut se retrouver vendu à plus du double sur le marché local. Une pièce détachée, un appareil électroménager ou un produit alimentaire importé intègrent tous, à des degrés divers, cette chaîne de surcoûts.
Derrière ces chiffres, ce sont des réalités sociales qui s’installent : ménages contraints de réduire leurs dépenses, entrepreneurs découragés par l’imprévisibilité des coûts, consommateurs qui absorbent l’essentiel de la pression économique.
Officiellement, le système fonctionne. Chaque acteur joue son rôle, chaque procédure suit un cadre établi. Mais dans la perception générale, un malaise persiste. Non pas uniquement sur les montants, mais sur la compréhension globale du système.
Car un système que peu de citoyens comprennent devient un système difficile à accepter. Et un système difficile à accepter devient un système questionné.
Dès lors, une interrogation s’impose naturellement : si la vie chère commence réellement au port, dans cette accumulation de coûts et de maillons, alors la question n’est plus seulement technique ou administrative.
Elle devient sociale.
Et même politique.
Car au-delà des taxes et des procédures, une autre question émerge, plus sensible, plus directe, et encore sans réponse claire : dans un système aussi dense, aussi fragmenté et aussi opaque… qui en profite réellement ?






