Pendant que Marcel Libama et papa Simon subissent les affres de la justice, le peuple applaudit à distance depuis ses claviers. Geoffroy Foumboula Libeka Makosso dénonce la lâcheté collective et rappelle que le courage civique ne se mesure pas sur les réseaux sociaux, mais dans l’engagement réel.
Au Gabon, le combat civique est devenu un paradoxe cruel : on célèbre les héros, mais on les laisse tomber lorsqu’ils risquent leur liberté. Marcel Libama l’avait compris avant tout le monde. Conscient que la justice et la pression politique pouvaient frapper ceux qui osent se lever, il avait sollicité un mandat électif afin d’obtenir une immunité parlementaire et continuer son engagement en toute sécurité. Cette protection lui a été refusée. Et la vérité dérangeante, c’est que ce refus ne provient pas seulement des institutions : il vient du peuple lui-même. Des milliers d’enseignants, d’apprenants et de parents d’élèves tous directement bénéficiaires de son action ont laissé passer l’occasion de le soutenir. Et aujourd’hui, lorsque la justice frappe, ils s’indignent. C’est là toute l’incohérence, toute l’hypocrisie d’une société qui réclame des héros mais refuse de les protéger.
Geoffroy Foumboula Libeka Makosso ne mâche pas ses mots. Il rappelle avec fermeté qu’il n’est pas le représentant du peuple, et qu’il ne saurait endosser un rôle qui lui a été refusé par le peuple lui-même. Le mandat de défenseur du peuple a été refusé à tous ceux qui l’ont sollicité, y compris Marcel Libama, et prétendre le lui imposer aujourd’hui relève soit de l’incompréhension, soit de la mauvaise foi. « On ne peut pas refuser le mandat aujourd’hui et exiger le sacrifice demain », tranche-t-il, dénonçant un système où les attentes collectives se transforment en pression individuelle là où la solidarité réelle aurait dû exister en amont.
Foumboula affirme son engagement dans le principe et le respect de la loi, et non par calcul politique. Sa mission actuelle consiste à favoriser le dialogue et à construire des ponts plutôt que souffler sur les braises. Il refuse toute confusion entre responsabilité humaine et rôle politique. En tant que petit frère de Marcel et fils de papa Simon, il reste solidaire et disponible, mais uniquement dans les limites du possible.
Cette situation met en lumière une réalité encore plus cruelle : le courage civique gabonais est souvent virtuel. Lors de la détention de Jean-Rémy Yama, très peu de membres de la société civile étaient réellement présents pour soutenir le combat. Les autres, aujourd’hui prompts à juger et à critiquer, observaient depuis leurs écrans, commentaient et jugeaient, tandis que les véritables acteurs se débattent dans la réalité. Cette fracture entre ceux qui risquent leur liberté et ceux qui se contentent d’afficher leur opinion numérique révèle un paradoxe troublant : le peuple peut-il exiger des martyrs quand il refuse d’assumer la responsabilité de les protéger ?
La solidarité ne commence pas au moment de l’arrestation. Elle commence dans les urnes, dans l’engagement réel et dans le soutien constant. Elle ne se limite pas à l’indignation tardive ou à des messages virtuels qui font illusion. La société civile gabonaise applaudit facilement les héros, mais abandonne ceux qui paient le prix fort.
Aujourd’hui, le Gabon est face à un choix clair : continuer à fabriquer des héros jetables pour satisfaire un besoin d’émotion collective, ou enfin apprendre à protéger ceux qui osent se lever pour le bien commun. Geoffroy Foumboula conclut avec une phrase qui ne laisse aucune ambiguïté : un peuple qui abandonne ses défenseurs n’a pas le droit moral de crier à l’injustice lorsqu’ils tombent. Une vérité brutale, dérangeante, mais nécessaire pour réveiller les consciences et provoquer un débat national sur la responsabilité civique de chacun.





