Il fallait oser. Et au FEMUA, on a visiblement décidé de ne plus seulement exporter la musique, mais aussi une version remixée et franchement audacieuse de l’histoire culinaire du Gabon.
Sur scène, révélation : le “sandwich de coupé-coupé”, propulsé sans trembler au rang de petit-déjeuner national. Une consécration express pour un produit qui, jusqu’à preuve du contraire, n’a jamais fait l’objet d’un référendum gastronomique.
Car pendant que le ketchup coulait à flot, un détail pourtant loin d’être anodin passait discrètement à la trappe : la technique même de la viande grillée au feu de bois, telle qu’on la retrouve dans ce “coupé-coupé”, ne sort pas du terroir gabonais. Elle est historiquement liée aux pratiques de peuples d’Afrique de l’Ouest, notamment les Haoussa, connus pour leurs traditions de commerce et de préparation de viande grillée, bien avant que ce type de consommation ne se diffuse ailleurs sur le continent.
Autrement dit, avant de devenir populaire dans certaines villes gabonaises, cette manière de préparer et vendre la viande s’inscrit dans une circulation culturelle ouest-africaine. Rien de choquant en soi les cultures voyagent, se croisent, s’adaptent. Mais de là à en faire un symbole culinaire national originel, il y a un pas… que le FEMUA a franchi en courant.





Preparation de coupé coupé au gabon
Autre réalité un peu bousculée au passage : historiquement, le Gabon n’est pas une société d’élevage bovin comme peuvent l’être certaines régions d’Afrique de l’Ouest ou du Sahel. La consommation de bœuf, telle qu’on la voit dans ces grillades urbaines, est largement liée à des circuits commerciaux modernes, et non à une tradition pastorale profondément ancrée dans les pratiques locales.
Mais au FEMUA, visiblement, la nuance était en option. À la place : une version simplifiée, compacte, facile à consommer et surtout facile à présenter. Pain, viande, laitue, ketchup… et une belle étiquette “tradition nationale” collée dessus.
Pendant ce temps, dans le Gabon réel, le “petit-déjeuner national” continue d’exister… sans exister vraiment. Ici, pas de standard unique : on mange ce qu’on peut, ce qu’on a, ou parfois rien du tout. Une réalité moins glamour, mais nettement plus fidèle.
Alors non, le “sandwich de coupé-coupé” n’est pas un crime culinaire. C’est même une expression intéressante de la ville, du mélange, de l’évolution des habitudes. Mais le transformer en emblème national, en gommant ses influences et son histoire, relève moins de la valorisation que du raccourci.
Au fond, ce n’est pas seulement un sandwich qui a été servi au FEMUA. C’est une version compressée, simplifiée et un peu réinventée de toute une culture.
Et manifestement, dans cette recette-là, la vérité historique a été la première à passer sur le grill.





