Le Gabon, invité d’honneur à la 18ᵉ édition du FEMUA, devait incarner une culture du mérite et de la diversité, à l’image des ambitions affichées par le Chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema. Mais les choix opérés dans la délégation artistique suscitent une vive polémique et relancent le débat sur les logiques de sélection dans le secteur culturel.
Mais à l’arrivée, le constat interroge, dérange et déçoit.
La délégation artistique gabonaise, censée incarner cette nouvelle dynamique, est aujourd’hui au cœur d’une vive controverse. Dans les milieux culturels, une analyse du journaliste culturel Narcisse Mauny, largement relayée, met en lumière des choix contestés et alimente un débat profond sur les critères de sélection. L’auteur y dénonce notamment des logiques de proximité, souvent qualifiées de “copain-coquin”, au détriment du mérite artistique et de la représentativité réelle.
Car comment expliquer l’absence de figures majeures qui ont porté haut les couleurs du Gabon depuis des années ?
Où est Kôba, icône incontestable du rap gabonais, dont l’influence dépasse largement les frontières nationales ?
Où est Shan’L, artiste multi-récompensée, dont le parcours a contribué à inscrire la musique gabonaise sur la scène internationale ?
Et que dire de la mise à l’écart de piliers artistiques comme Nadège Mbadou, Arielle T, Tina, Nicole Amogho Onanga, Annie Flore Batchiellilys, Latchow ou encore Diane Amédée, toutes figures qui constituent une mémoire vivante et une identité culturelle assumée ?
À cette liste déjà lourde s’ajoute une autre interrogation : celle de la nouvelle génération. Eboloko, Fetty Ndoss et d’autres talents émergents, pourtant porteurs d’un souffle nouveau et d’une connexion directe avec la jeunesse, semblent eux aussi absents d’une vitrine censée représenter l’avenir.

Ci-dessus, un casting qui ressemble davantage à des logiques de proximité, souvent qualifiées de “copinage” : voici les personnes retenues pour représenter la culture gabonaise.
Même l’humour, pourtant levier essentiel du soft power culturel, n’échappe pas aux critiques. La non-représentation de Defunzu Onguengué, pionnier reconnu du rire gabonais à l’international, est également relevée dans cette lecture critique.
Et la culture gabonaise ne se résume pas à la musique. Elle est littérature, cinéma, mode, conte, théâtre, sculpture, design. Pourtant, cette diversité essentielle semble avoir été reléguée à l’arrière-plan. L’absence d’une figure de la mode comme le styliste-modéliste Chouchou Lazare symbolise à elle seule cette vision réductrice.
Ce qui choque davantage, au-delà des noms, c’est la méthode.
Dans un contexte où le discours politique appelle à la rupture, à la valorisation des compétences et à la restauration de la justice dans les choix publics, ces décisions apparaissent pour beaucoup comme un retour insidieux aux logiques anciennes : celles des réseaux fermés, des préférences personnelles et des arbitrages opaques.
Or, la culture n’est pas un espace de distribution de privilèges. C’est un levier de puissance nationale. Un outil diplomatique. Une vitrine stratégique.
En marginalisant des artistes qui ont déjà prouvé leur valeur, le risque est grand de transmettre un message contradictoire : celui d’un Gabon qui parle de mérite mais continue parfois de fonctionner sur des logiques d’entre-soi.
Le Chef de l’État a, à plusieurs reprises, insisté sur la nécessité de faire émerger les compétences réelles et de promouvoir ceux qui font rayonner le pays par leur travail et leur talent. C’est précisément là que se situe aujourd’hui l’attente et la déception.
Car au-delà des polémiques, une évidence demeure : un pays ne se construit pas avec des choix de confort, mais avec des choix de vision.
Et la culture, plus que tout autre secteur, mérite d’être le reflet fidèle de cette exigence.
Une mention spéciale est adressée au journaliste culturel Narcisse Mauny, dont l’analyse pertinente a nourri la présente réflexion.






