La mort tragique d’un chef de village, victime d’une attaque d’une rare violence attribuée à une panthère, a plongé toute une communauté dans la stupeur et la colère. Face à l’horreur, une réponse rapide s’est imposée : traquer et abattre l’animal supposé responsable.
Quelques jours plus tard, une panthère est effectivement tuée dans les environs. Pour beaucoup, l’affaire semble close. Le danger aurait été neutralisé.
Mais une question dérange, et elle mérite d’être posée sans détour : et si ce n’était pas la bonne panthère ?
Car l’histoire, dans ce type de drame, a déjà montré ses pièges. Il n’est pas rare que, dans la précipitation, une bête innocente soit abattue… pendant que le véritable animal responsable, lui, continue de rôder. Et parfois, le pire survient : une nouvelle attaque, un nouveau drame, révélant alors que la mauvaise cible a été éliminée.
Dans un environnement forestier où plusieurs individus d’une même espèce coexistent, identifier avec certitude un animal précis exige bien plus qu’une simple présomption. Traces au sol, analyses, observations comportementales : seule une expertise rigoureuse peut permettre d’établir des responsabilités.
Alors une autre interrogation, plus grave encore, s’impose : où étaient les services spécialisés ?



Ci-dessus, la panthére abbatue
Pourquoi les services compétents, notamment ceux des Eaux et Forêts, n’ont-ils pas mené d’enquête approfondie pour identifier formellement l’animal en cause ? Leur rôle se limite-t-il à intervenir après coup, ou pire, à se contenter d’arracher le gibier aux populations, sans véritable travail d’analyse en amont ?
Dans une situation aussi sensible, leur mission devrait être claire : sécuriser, enquêter, comprendre et agir avec précision. Car abattre sans certitude, c’est prendre le risque de laisser le danger intact tout en donnant une illusion de sécurité.
Bien sûr, la peur des populations est légitime. Personne ne peut exiger du sang-froid face à une menace aussi brutale. La protection des vies humaines doit rester une priorité absolue. Mais justement, c’est dans ces moments de tension extrême que la rigueur des autorités devient essentielle.
Car au-delà du drame humain, une autre réalité se joue en silence : celle de la destruction possible d’un équilibre naturel déjà fragile. Les panthères, souvent rares et menacées, ne peuvent devenir des coupables désignés sans preuve.
Ce drame pose donc une double question : celle de la sécurité des populations, mais aussi celle de la compétence et de la responsabilité des services chargés de la gestion de la faune.
Abattre vite ne suffit pas. Il faut abattre juste.
Car dans ce type d’affaire, une erreur ne se corrige pas. Elle se paie parfois… au prix d’une autre vie humaine






