Jamais une élection législative n’aura paru aussi indécise que celle du 27 septembre 2025. Après des décennies d’hégémonie du Parti Démocratique Gabonais (PDG), brisée une première fois par l’électrochoc de 2016 avec la victoire de Jean Ping dans l’Estuaire, puis définitivement par le coup de force militaire du 30 août 2023 mené par le général Brice Clotaire Oligui Nguema, le Gabon s’avance vers un scrutin inédit.
Dans ce climat de recomposition politique, le Komo Océan, département enclavé et oublié, devient un enjeu stratégique. À seulement une heure de traversée fluviale de Libreville, avec une vingtaine de villages et une population estimée à 600 habitants, ce territoire de 3646 km² se présente comme un « diamant brut », riche de potentialités mais éternellement délaissé. Depuis son érection en département par la loi 34/2005, NZomoë, son chef-lieu, végète encore avec pour décor quatorze cases, trois quartiers, et une administration fantôme installée… à Libreville. Routes, eau potable, électricité, santé, éducation : tout manque.
Face à ce constat accablant, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), dernier-né des partis politiques et vitrine politique du président de la Transition, choisit de miser gros. Et son choix s’est porté sur une fille du terroir : Huguette Abodo Yombiyeni.
Née en 1969 à Moanda, issue d’une lignée politique avec un père suppléant de Nzoghe Nguema et une parenté directe avec la matriarche Ngouèmbè, Huguette Abodo Yombiyeni affiche un parcours solide. Fonctionnaire de l’État, elle a occupé divers postes stratégiques : chargée d’études, secrétaire général adjoint au Budget, secrétaire général à la Promotion des investissements, avant de devenir ministre délégué à l’Économie numérique où elle a géré 18 mois sans scandale. Titulaire d’un D.E.S.S. en management et communication, cette technocrate reconnue incarne expérience, pragmatisme et résilience.

L’UDB mise sur elle pour renverser l’immobilisme chronique qui paralyse le Komo Océan. Car ici, la colère gronde. Des jeunes rencontrés au centre de pêche artisanale de Libreville dénoncent : « Tous ceux qui ont représenté le Komo Océan jusqu’ici se sont servis, au lieu de servir. Le résultat saute aux yeux : notre département se meurt. Désormais, nous voulons essayer avec des femmes dignes, des femmes d’action, qui aiment ce territoire. »
Cette candidature prend donc une dimension symbolique : elle oppose l’image d’une femme enracinée, technocrate chevronnée et militante locale, à une classe politique décriée pour ses compromissions et ses échecs répétés. Dans un département où les plaies béantes sont l’absence de transports, le chômage massif des jeunes, le désert éducatif et sanitaire, et le gâchis d’un potentiel touristique et communautaire immense, Huguette Abodo Yombiyeni peut incarner le changement.
La question est désormais claire : les populations du Komo Océan, lassées des promesses et des détournements, donneront-elles une chance à l’UDB et à la native d’Essourawala ? Le parti de Brice Clotaire Oligui Nguema espère que le message « Nous méritons mieux » trouvera un écho dans les urnes.
Et si Huguette Abodo Yombiyeni devenait, pour le Komo Océan, la véritable exorciste des vieilles pratiques et l’artisane d’un renouveau attendu depuis trop longtemps ?









