Depuis près de trois mois, une situation particulièrement préoccupante serait en train de se développer à l’hôpital de Nkembo : une rupture de médicaments antituberculeux destinés à la prise en charge des patients atteints de tuberculose. Notre enquête, fondée sur plusieurs témoignages recueillis auprès de personnels de santé et de patients ayant demandé à conserver leur anonymat, fait état d’une situation qui, si elle était confirmée par les autorités sanitaires, nécessiterait une réponse urgente.
- Des patients contraints de chercher leurs médicaments ailleurs
- Une interruption de traitement qui n’est pas sans risque
- Trois mois : pourquoi un tel délai ?
- La question des compétences et du personnel
- Des difficultés alléguées dans le suivi des stocks
- Des réunions de crise ont-elles été organisées ?
- Des accusations graves qui doivent être vérifiées
- Des patients seraient-ils renvoyés chez eux ?
- Une situation qui dépasse le seul patient
- Le silence est-il devenu un problème ?
- Une chaîne de responsabilité à reconstituer
- Ce qu’un audit devrait établir
- Une question de gouvernance publique
- Ce que les patients ne peuvent plus accepter
- Il faut maintenant sortir du silence
Les personnes interrogées ont expressément demandé que leur identité soit protégée, par crainte d’éventuelles représailles liées à leurs déclarations. Pour cette raison, aucun nom ni élément permettant de les identifier ne sera mentionné.
Les témoignages recueillis auprès de professionnels de santé ayant une connaissance directe du fonctionnement de l’hôpital et de la gestion des médicaments antituberculeux font notamment ressortir des difficultés dans le suivi des stocks et des statistiques, une perte progressive de personnel expérimenté, le remplacement de techniciens spécialisés ainsi qu’une insuffisance alléguée d’anticipation et de coordination face aux risques de rupture.
Ces éléments restent issus de témoignages et doivent être confrontés aux documents administratifs, aux rapports de stock, aux registres de dispensation, aux statistiques de consommation et aux documents d’approvisionnement afin d’établir objectivement les causes de la situation.
Car derrière une rupture de stock, il y a des malades. Derrière un traitement interrompu, il peut y avoir une aggravation de la maladie. Et derrière une prise en charge défaillante, il peut y avoir un risque sanitaire qui dépasse largement les murs d’un hôpital.
Des patients contraints de chercher leurs médicaments ailleurs
Selon plusieurs témoignages recueillis dans et autour de l’établissement, des patients auxquels les médicaments antituberculeux étaient habituellement délivrés dans le cadre de leur prise en charge seraient désormais contraints de rechercher ces médicaments dans des pharmacies privées.
Problème : ces produits seraient difficiles à trouver et, lorsqu’ils sont disponibles, leur prix serait hors de portée de nombreux patients.
Pour les personnes disposant de ressources financières, la situation peut donc se traduire par un transfert de la charge vers les pharmacies privées. Pour les plus démunis, elle pourrait avoir des conséquences beaucoup plus lourdes : l’impossibilité de poursuivre correctement leur traitement.
Il reste toutefois à établir précisément combien de patients sont concernés, depuis quelle date les stocks seraient insuffisants, quels médicaments sont concernés, dans quelles quantités et quelles commandes ont été passées.
Ce sont des questions simples. Mais elles sont essentielles.
Une interruption de traitement qui n’est pas sans risque
Sur le plan médical, l’enjeu n’est pas anodin.
L’Organisation mondiale de la Santé rappelle que le traitement de la tuberculose repose sur plusieurs antibiotiques et qu’une interruption prématurée ou un arrêt sans avis médical peut favoriser l’apparition d’une résistance aux médicaments.
La tuberculose pharmacorésistante est plus difficile à traiter et nécessite généralement des traitements spécifiques, plus complexes et plus coûteux.
L’OMS souligne également que l’interruption prématurée du traitement peut contribuer à l’émergence d’une tuberculose résistante et que cette résistance peut ensuite se transmettre.
La question dépasse donc une simple rupture de stock.
Elle touche directement à la continuité des soins et à la santé publique.

L’affluence habituelle des patients a diminué de façon exponentielle. Faute de médicaments disponibles, certains patients seraient contraints de rester chez eux, avec tous les risques que cela comporte pour leur santé et pour la continuité de leur traitement.
Trois mois : pourquoi un tel délai ?
Si la rupture dure réellement depuis près de trois mois, comment la situation a-t-elle été gérée pendant tout ce temps ?
Plusieurs questions doivent désormais recevoir des réponses :
- Quel était le niveau de stock au début de la période concernée ?
- À quelle date la rupture a-t-elle été constatée ?
- Qui en a été informé ?
- Des commandes ont-elles été passées et à quelles dates ?
- Auprès de quels fournisseurs ?
- Quels volumes ont été demandés et quels volumes ont effectivement été livrés ?
- Des stocks de sécurité existaient-ils ?
- Des transferts depuis d’autres structures sanitaires ont-ils été envisagés ?
- Le Programme national de lutte contre la tuberculose a-t-il été alerté ?
- Le ministère de la Santé a-t-il été officiellement saisi ?
- Combien de patients ont dû acheter leurs médicaments dans le secteur privé ?
- Combien ont interrompu leur traitement ?
- Combien ont été réorientés vers d’autres structures ?
Et surtout : quelles mesures d’urgence ont été prises pour éviter une rupture de prise en charge ?
La question des compétences et du personnel
Dans un hôpital spécialisé, la disponibilité des médicaments ne dépend pas uniquement des ressources matérielles. Elle repose également sur les compétences et l’expérience du personnel chargé de leur gestion.
Selon les témoignages recueillis, certains professionnels auraient bénéficié de plusieurs années de formation, parfois sur une période de trois à quatre ans, grâce aux investissements réalisés dans le cadre des programmes nationaux de lutte contre la tuberculose et avec l’appui de partenaires techniques et financiers, notamment la Banque mondiale et d’autres organismes.
Ces formations auraient permis non seulement de développer des compétences théoriques, mais également une expérience pratique dans la gestion des médicaments, le suivi des stocks, l’établissement des statistiques et l’anticipation des besoins.
Au fil des années, cette expérience aurait ainsi constitué une compétence spécifique au fonctionnement du dispositif de prise en charge de la tuberculose.
La question est donc de savoir ce qu’il advient de cette expertise lorsque les personnes qui la détiennent changent de fonction ou sont remplacées.
Des changements de personnel à vérifier
Selon plusieurs témoignages, certains changements de personnel auraient conduit au remplacement de techniciens expérimentés par des agents nouvellement affectés ou disposant de moins d’expérience dans la gestion spécifique des médicaments antituberculeux.
Or, disposer d’un niveau académique similaire ne signifie pas nécessairement posséder la même expérience technique.
La gestion des médicaments antituberculeux nécessite une connaissance des procédures, des outils de gestion, des mécanismes d’approvisionnement ainsi qu’une capacité à anticiper les besoins.
Les témoins estiment ainsi que les changements de personnel devraient, autant que possible, être accompagnés d’une période de transition et de transmission des connaissances.
Ces affirmations doivent toutefois être confrontées aux documents administratifs : quelles personnes étaient chargées de la gestion des médicaments ? Quand leurs responsabilités ont-elles changé ? Qui les a remplacées ? Une période de transition a-t-elle été organisée ? Les procédures, données de stock, historiques de consommation et outils de gestion ont-ils été correctement transmis ?
Des difficultés alléguées dans le suivi des stocks
Les témoignages font également état de difficultés concernant le suivi des stocks et la gestion des données statistiques.
Une bonne gestion des médicaments nécessite notamment de connaître régulièrement les quantités disponibles, les consommations, les besoins prévisionnels et les délais d’approvisionnement.
Elle doit permettre d’identifier suffisamment tôt une diminution des stocks afin de prendre les mesures nécessaires avant l’apparition d’une rupture.
La question est donc de savoir si les outils de suivi permettaient effectivement de mesurer avec précision l’évolution des stocks.
Les quantités disponibles étaient-elles régulièrement enregistrées ?
Les consommations étaient-elles correctement comptabilisées ?
Les statistiques étaient-elles mises à jour ?
Les besoins prévisionnels étaient-ils calculés à partir de données fiables ?
Les délais d’approvisionnement étaient-ils intégrés dans les prévisions ?
Et surtout, les responsables disposaient-ils suffisamment tôt des informations indiquant qu’une rupture devenait possible ?
Ces éléments peuvent être vérifiés à partir des rapports de stock, des registres de dispensation, des statistiques de consommation et des documents d’approvisionnement.
Des réunions de crise ont-elles été organisées ?
Plusieurs membres du personnel de santé interrogés sous couvert d’anonymat affirment qu’aucune véritable réunion de crise n’aurait été organisée autour de la rupture des médicaments antituberculeux et qu’aucune communication interne claire n’aurait été faite auprès du personnel et des patients.
Cette affirmation n’a pas, à ce stade, été établie de manière indépendante par notre rédaction.
Elle peut toutefois être vérifiée à travers les comptes rendus de réunions, les notes internes, les courriers d’alerte et les échanges administratifs relatifs à la situation.
Une enquête administrative devrait notamment permettre de déterminer à quelle date le risque de rupture a été identifié, qui en a été informé, quelles réunions ont été organisées et quelles décisions ont été prises.
Des accusations graves qui doivent être vérifiées
Plusieurs membres du personnel de santé interrogés dans le cadre de notre enquête, sous couvert d’anonymat, mettent en cause la gestion interne de l’établissement.
Ces sources évoquent notamment des changements dans l’organisation de certains services et soutiennent que des agents disposant d’une expérience dans la gestion pharmaceutique auraient été affectés à d’autres fonctions, tandis que de nouvelles personnes auraient été placées à certains postes.
Les témoignages font également état d’une possible perte de compétences, d’insuffisances dans le suivi des stocks et des statistiques ainsi que d’un manque d’anticipation face aux risques de rupture.
Ces affirmations n’ont pas, à ce stade, été établies de manière indépendante par notre rédaction.
Elles sont suffisamment graves pour justifier, non pas une condamnation médiatique, mais une vérification officielle.
Car si la rupture résulte effectivement d’une défaillance dans la chaîne d’approvisionnement ou la gestion des stocks, il faudra déterminer précisément où se situe la responsabilité : au niveau de l’hôpital, de la centrale d’achat, du programme national, du fournisseur, de la distribution ou d’un autre maillon de la chaîne.
Des patients seraient-ils renvoyés chez eux ?
Autre information particulièrement préoccupante recueillie auprès de nos sources : certains patients ne disposant plus des médicaments nécessaires seraient renvoyés à domicile ou orientés ailleurs, alors que leur prise en charge devrait être poursuivie.
Cette affirmation doit impérativement être vérifiée par les autorités sanitaires.
Car une question se pose : si des patients tuberculeux quittent l’hôpital sans traitement ou sans solution thérapeutique documentée, où vont-ils et qui assure leur suivi ?
Plus préoccupant encore, certains témoignages font état de décès qui seraient survenus à domicile après des difficultés d’accès aux médicaments.
Là encore, notre rédaction ne présente pas ces décès comme étant établis comme conséquences de la pénurie sans preuve médicale et administrative.
Si de tels cas existent, une enquête médicale indépendante doit permettre d’établir les causes des décès et de déterminer si une rupture de traitement a pu y contribuer.
Il serait irresponsable de tirer des conclusions sans preuves.
Il serait tout aussi irresponsable de ne pas chercher à les établir.
Une situation qui dépasse le seul patient
La tuberculose pulmonaire peut se transmettre d’une personne à l’autre, notamment par voie aérienne.
L’OMS indique que l’interruption prématurée du traitement et la mauvaise gestion des médicaments peuvent favoriser la résistance, laquelle peut ensuite se transmettre.
La question dépasse donc le seul patient qui n’a pas reçu son médicament.
Elle concerne sa famille, son entourage, les autres patients, les soignants et, potentiellement, l’ensemble de la communauté.
Le Gabon fait d’ailleurs partie des pays pour lesquels l’OMS considère qu’une enquête nationale de prévalence de la tuberculose demeure pertinente au regard de critères épidémiologiques et de capacités de surveillance.
Dans ce contexte, toute rupture prolongée de médicaments antituberculeux mérite une attention particulière.
Le silence est-il devenu un problème ?
C’est l’une des interrogations centrales de cette affaire.
Nos sources affirment que la direction de l’établissement n’aurait pas souhaité communiquer publiquement sur l’ampleur de la situation.
Elles attribuent cette attitude à la crainte de voir la responsabilité de la direction recherchée si une enquête venait à établir que la crise résulte de dysfonctionnements internes.
Cette interprétation relève des témoignages recueillis et n’a pas été confirmée indépendamment par notre rédaction.
Mais une question demeure : pourquoi une rupture prolongée de médicaments essentiels ne ferait-elle pas l’objet d’une communication transparente permettant au personnel, aux patients et aux autorités compétentes de connaître la situation et les mesures prises ?
En matière de santé publique, la transparence n’est pas un luxe. Elle permet de prévenir les rumeurs, d’orienter correctement les patients et surtout de déclencher rapidement les mécanismes d’urgence.
Un responsable sollicité, mais soumis à sa hiérarchie
Dans le cadre de cette enquête, nous avons également sollicité un haut responsable afin d’obtenir des réponses et des éclaircissements sur la situation.
Celui-ci nous a clairement indiqué qu’il ne pouvait pas répondre à nos questions ni nous apporter son concours dans cette enquête sans l’autorisation préalable de sa hiérarchie.
Dans le fonctionnement administratif gabonais, certains responsables sont habilités à communiquer directement sur les questions relevant de leurs fonctions, tandis que d’autres ne peuvent le faire qu’après avoir obtenu l’autorisation de leur hiérarchie. Dans le cas présent, cette autorisation relève, selon la chaîne hiérarchique concernée, du ministre compétent.
Cette réponse constitue en elle-même un élément de notre démarche journalistique. Elle montre que l’accès à certaines informations relatives au fonctionnement d’un établissement public de santé peut dépendre d’une autorisation hiérarchique préalable.
Lorsqu’il s’agit de questions portant sur la disponibilité de médicaments essentiels, la continuité des traitements et la prise en charge des patients, cette chaîne de communication mérite d’être interrogée.
Qui est autorisé à répondre ? Qui doit donner son accord ? Et surtout, pourquoi faut-il une autorisation préalable pour apporter des éléments permettant de vérifier des informations relatives à une situation de santé publique ?
Nous ne présentons pas cette situation comme la preuve d’une volonté de dissimulation. Mais elle constitue un fait précis de notre démarche : un responsable que nous avons sollicité nous a indiqué qu’il ne pouvait répondre sans l’autorisation de sa hiérarchie.
Une chaîne de responsabilité à reconstituer
Pour comprendre comment une éventuelle rupture de médicaments antituberculeux a pu durer aussi longtemps, il faut reconstituer l’ensemble de la chaîne.
Quel était le niveau de stock au début de la période concernée ?
Quelle était la consommation moyenne ?
Quand les premiers signes de diminution sont-ils apparus ?
Les statistiques permettaient-elles d’anticiper le risque ?
Une alerte a-t-elle été déclenchée ?
Qui a été informé ?
Quelles commandes ont été passées ?
À quelles dates ?
Auprès de quels fournisseurs ?
Quels volumes ont été demandés ?
Quels volumes ont effectivement été livrés ?
Des transferts depuis d’autres structures ont-ils été envisagés ?
Le Programme national de lutte contre la tuberculose a-t-il été informé ?
Le ministère de la Santé a-t-il été saisi ?
Et lorsque des personnels expérimentés ont changé de fonction, les compétences nécessaires à la gestion des stocks ont-elles été effectivement transmises ?
Les documents officiels devraient permettre de répondre à une grande partie de ces questions.
Ce qu’un audit devrait établir
Face à ces informations, une enquête approfondie apparaît nécessaire.
Il ne s’agit pas de désigner publiquement un coupable avant que les faits soient établis. Il s’agit de déterminer précisément ce qui s’est passé et à quel niveau une éventuelle défaillance aurait pu intervenir.
Un audit de la chaîne d’approvisionnement et de la gestion pharmaceutique devrait notamment examiner :
- les rapports de stock ;
- les registres de dispensation ;
- les statistiques de consommation ;
- les prévisions de besoins ;
- les bons de commande ;
- les dates de commande et de livraison ;
- les éventuels transferts de médicaments ;
- les comptes rendus de réunions ;
- les notes ou alertes relatives aux stocks ;
- les mouvements de personnel ;
- les formations suivies par les agents chargés de la gestion des médicaments ;
- les modalités de transmission des responsabilités lors des changements de personnel.
La confrontation de ces documents avec les témoignages permettrait de déterminer objectivement ce qui s’est passé.
Les autorités sanitaires devraient également établir le nombre exact de patients affectés, les éventuelles interruptions de traitement, les transferts vers d’autres établissements et les éventuels décès parmi les patients concernés.
Une question de gouvernance publique
Cette affaire intervient dans un contexte où la question de la gouvernance et de la gestion des services publics demeure régulièrement au cœur du débat national.
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a lui-même placé la réforme de l’action publique et de la gouvernance au centre de son discours sur l’état de la Nation en juin 2026.
Mais au-delà des déclarations politiques, une question très concrète demeure : qu’en est-il de la gouvernance au quotidien dans les établissements publics de santé ?
Parce qu’un système de santé ne se juge pas uniquement à ses bâtiments, à ses équipements ou à ses inaugurations.
Il se juge aussi à sa capacité à garantir qu’un patient atteint de tuberculose puisse recevoir le médicament dont dépend la poursuite de son traitement.
Cette capacité repose sur plusieurs éléments : des médicaments disponibles, une chaîne d’approvisionnement fonctionnelle, un suivi rigoureux des stocks, des statistiques fiables, une bonne circulation de l’information, une capacité d’anticipation et des personnels disposant des compétences nécessaires.
La gouvernance sanitaire se mesure donc également dans ces actes quotidiens, parfois invisibles, qui déterminent si un médicament est effectivement disponible au moment où un patient en a besoin.
Ce que les patients ne peuvent plus accepter
Si la rupture n’existe pas, les autorités peuvent le démontrer.
Si elle existe mais qu’elle est résolue, elles peuvent expliquer les mesures prises.
Si elle persiste, il faut dire pourquoi.
Et si des erreurs de gestion ont contribué à la situation, il appartient aux procédures administratives et judiciaires compétentes d’en établir les responsabilités.
Ce que les patients ne peuvent plus accepter, c’est l’incertitude.
Pendant que les administrations se renvoient éventuellement les responsabilités, un malade, lui, continue de tousser.
Pendant qu’un stock manque dans une pharmacie hospitalière, une famille cherche peut-être les moyens d’acheter des médicaments sur le marché privé.
Et pendant qu’une décision administrative tarde, la maladie, elle, ne suspend pas son calendrier.
Trois mois de rupture alléguée : c’est suffisamment long pour poser des questions.
Il appartient désormais aux autorités sanitaires de répondre.
Il faut maintenant sortir du silence
Cette enquête ne prétend pas établir à elle seule les responsabilités.
Elle met en lumière des témoignages, des interrogations et des dysfonctionnements potentiels qui doivent désormais être confrontés aux documents officiels.
Les témoignages ne peuvent remplacer les preuves documentaires.
Mais ils peuvent constituer des signaux d’alerte.
Si la rupture est avérée, il faut savoir quand elle a commencé, pourquoi elle s’est prolongée et quelles mesures ont été prises.
Si des erreurs de gestion ont contribué à la situation, elles doivent être établies selon les procédures prévues.
Si la difficulté provient de la chaîne d’approvisionnement, il faut identifier le maillon concerné.
Si elle résulte d’une combinaison de facteurs, chacun d’eux doit être documenté.
Et si les témoignages concernant des patients privés de traitement ou des décès à domicile sont confirmés, les circonstances médicales et administratives doivent être établies avec la plus grande rigueur.
Il serait irresponsable de tirer des conclusions sans preuves.
Il serait tout aussi irresponsable de ne pas chercher à les établir.
Car s’il existe réellement une crise à l’hôpital de Nkembo, le premier devoir des responsables n’est pas de la cacher : c’est de la résoudre.
Et pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise, il faudra également préserver ce qui constitue l’une des ressources les plus importantes d’un système de santé : l’expérience et les compétences des femmes et des hommes qui assurent chaque jour la gestion des médicaments et la prise en charge des patients.
Trois mois de rupture alléguée, c’est suffisamment long pour poser des questions.
Il appartient désormais aux autorités sanitaires de répondre.
Enquête de Rhonny Placide Obame






