Depuis des semaines, les cours sont suspendus dans plusieurs établissements de Libreville et de l’intérieur du pays. Les enseignants souffrent, les élèves errent, les parents s’inquiètent. Pourtant, le mouvement d’ensemble du corps enseignant gabonais peine à prendre de l’ampleur. Une étrange léthargie syndicale s’est installée.
Aujourd’hui, les raisons de ce silence commencent à apparaître au grand jour. Et elles sont glaçantes.
Le 23 mars 2025, plusieurs leaders syndicaux de l’Éducation nationale ont été reçus au Palais par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. À l’issue de cette rencontre, 40 millions de francs CFA auraient été remis, puis partagés entre eux. Depuis lors, plus de menaces de grève, plus de dénonciations musclées, plus de cris d’alarme sur les conditions de travail indignes du monde enseignant. Le silence. Un silence assourdissant.
Qu’on ne se méprenne pas : remettre de l’argent à des interlocuteurs reçus par le chef de l’État ne constitue pas en soi un acte de corruption. Cela peut relever d’un geste d’assistance, devenu presque un principe républicain.

Mais le scandale n’est pas là.
Le scandale, c’est ce qui a suivi.
Le scandale, c’est que ces syndicalistes se soient sentis redevables, moralement muselés, politiquement neutralisés.
Le scandale, c’est qu’ils aient renoncé à leur mission fondamentale : défendre les enseignants, dénoncer l’injustice, exiger des conditions de travail humaines.
Ils n’ont pas été corrompus par ordre.
Ils se sont auto-corrompus par attente.
Attente de davantage d’argent.
Attente de postes.
Attente de privilèges.
Pire encore, il se révèle aujourd’hui que plusieurs leaders syndicaux jouaient le rôle de porte-valises de la ministre Camelia Ntoutoum, mélangeant intérêts syndicaux et agendas politiques personnels. Une trahison pure et simple de la base enseignante.
La publication sur les réseaux sociaux de la liste des bénéficiaires des 40 millions a fait l’effet d’une déflagration. Les secrets longtemps dissimulés à l’Éducation nationale remontent enfin à la surface.
Comme le dit l’adage : le temps est un autre nom de Dieu.
Ce qui choque le plus, ce n’est pas l’argent.
C’est le comportement.
Celui d’hommes et de femmes qui, sans y être contraints, ont choisi de se taire, de s’aligner, de trahir.
Un comportement de corrompus… sans même avoir été officiellement corrompus.
Pendant que les enseignants croulent sous des classes surchargées, des salaires insuffisants et des conditions de travail humiliantes, leurs représentants négocient en coulisses, encaissent et attendent.
Attendent quoi ?
Le prochain chèque ?
Le prochain décret ?
La prochaine nomination ?
Le syndicalisme n’est pas une salle d’attente du pouvoir.
Ce n’est pas un ascenseur social personnel.
C’est un combat, une responsabilité morale, un engagement vis-à-vis de la base.
Aujourd’hui, au nom de l’Éducation nationale, ce comportement doit être condamné avec la plus grande fermeté.
Les enseignants gabonais méritent mieux que des représentants silencieux, domestiqués et opportunistes.
Ils méritent des leaders debout, pas des figures achetées par le confort du silence.
Sources: Guy Minko, activiste de l’Éducation nationale.












