Au Gabon, un nouveau sport national s’est imposé sans consultation populaire ni décret officiel : répondre à Billie By Nze. Ce n’est ni un exercice de conviction, ni une tentative d’élévation du débat public. Non. C’est un réflexe. Une posture. Une stratégie de survie médiatique pour ceux qui existent davantage par la réaction que par la pensée.
Le scénario est désormais bien rodé. À chaque prise de parole de Billie By Nze, une cohorte de contradicteurs autoproclamés surgit. Clavier fébrile, verbe approximatif, indignation calibrée. Tous veulent le « démonter », le « corriger », le « réduire au silence ». Mais au fond, tous poursuivent le même objectif : être vus. Être identifiés. Être comptés. Répondre à Billie By Nze est devenu un rite de passage pour les kounabélistes en quête de reconnaissance, ces militants d’apparat qui confondent agitation et intelligence, loyauté et soumission.
Mais cette obsession collective dit bien plus qu’elle ne le voudrait. On ne répond pas avec autant d’acharnement à quelqu’un que l’on juge insignifiant. On ignore ce qui est faible. On méprise ce qui n’a pas d’impact. Si Billie By Nze provoque autant de réactions nerveuses, c’est précisément parce qu’il dérange, parce qu’il est perçu comme crédible intellectuellement, audible socialement et potentiellement dangereux politiquement.
Pensant défendre le régime d’Oligui Nguema, ces gardiens improvisés de la parole officielle lui rendent en réalité un très mauvais service. À force de répondre à tout, de transformer chaque déclaration adverse en affaire d’État, ils construisent eux-mêmes la stature de l’adversaire qu’ils prétendent combattre. Ils l’installent au centre du jeu politique, le rendent incontournable, parfois même sympathique. Car la population n’est pas naïve : on ne s’acharne qu’envers ce que l’on craint.
Le plus inquiétant reste ailleurs. Ces démonstrations bruyantes de loyauté ne produisent strictement rien. Aucune idée nouvelle. Aucune vision. Aucune proposition. Juste du bruit. Du vacarme. Pendant ce temps, Billie By Nze gagne en visibilité, en crédibilité et en capital politique. Ironie absolue.
Lorsqu’une voix me paraît peu crédible, je ne perds pas mon temps à lui répondre. Cette règle élémentaire semble avoir disparu de l’espace public gabonais. Ici, répondre est devenu un métier. Une stratégie. Une façon de dire : « Regardez-moi, j’existe moi aussi ».
Cet éditorial s’inscrit dans le prolongement de la réflexion développée par François Ngibi, dont l’analyse nous a paru suffisamment cohérente, pertinente et éclairante pour être partagée avec nos lecteurs. Parce qu’il est parfois nécessaire de prendre de la hauteur, d’observer le jeu tel qu’il est réellement joué, et de nommer les choses sans faux-semblants.
En définitive, si répondre à Billie By Nze est devenu le sport national des kounabélistes, alors il serait peut-être temps de se souvenir qu’en politique, le silence est parfois la plus cinglante des défaites.
