Le constat est brutal, presque douloureux : le football gabonais, autrefois respecté et craint sur le continent, semble aujourd’hui enlisé dans une spirale de régression. Derrière les contre-performances sportives, un mal plus profond est pointé du doigt : une gouvernance contestée, accusée d’avoir progressivement vidé le système de sa substance.
UN PASSÉ GLORIEUX QUI SEMBLE LOINTAIN
Il fut un temps où le Gabon faisait vibrer l’Afrique du football. Au début des années 2010, les Panthères atteignaient le sommet de leur histoire avec une 30e place mondiale au classement FIFA, un exploit qui plaçait le pays parmi les grandes nations du continent.
La CAN 2012 reste gravée dans les mémoires : trois victoires en phase de groupes, un peuple uni derrière son équipe, et une élimination cruelle aux tirs au but en quart de finale face au Mali. Portée par une génération talentueuse, incarnée notamment par Pierre-Emerick Aubameyang, la sélection nationale affichait alors ambition et solidité.
DES CLUBS QUI PORTAIENT HAUT LES COULEURS NATIONALES
À cette époque, le dynamisme ne se limitait pas à la sélection. Le championnat national était un véritable vivier de talents et une vitrine du savoir-faire local.
Des clubs comme FC 105, AS Mangasport ou encore AS Sogara représentaient fièrement le Gabon sur la scène africaine. Certains avaient même atteint des finales continentales, rivalisant avec les géants du football africain.
Le championnat attirait des joueurs étrangers de qualité, créant une compétition relevée et populaire. Le football local vivait, respirait, et alimentait directement les performances de l’équipe nationale.
UNE CHUTE PROGRESSIVE, MAIS PROFONDE
Aujourd’hui, le contraste est saisissant.
Depuis plus d’une décennie, les résultats sportifs des Panthères sont en net recul :
- Échecs aux qualifications de certaines CAN
- Éliminations précoces lors des phases finales
- Et surtout, une CAN 2017 à domicile sans la moindre victoire, vécue comme une humiliation nationale
Plus récemment, la défaite face au Mozambique lors de la CAN 2025 a marqué un nouveau point bas, offrant à cet adversaire une victoire historique.
UN MAL STRUCTUREL : LA CRISE DE LA GOUVERNANCE
Au cœur de cette descente aux enfers, de nombreuses voix dénoncent une gestion décriée de la fédération.
Depuis 2014, la Fédération gabonaise de football est dirigée par une même équipe reconduite à plusieurs reprises. Mais cette stabilité apparente cache, selon les critiques, une réalité bien plus préoccupante :
- Contestations autour des processus électoraux
- Accusations de manipulation des statuts
- Perte de crédibilité institutionnelle
Une ironie que certains n’hésitent pas à souligner : les mêmes mécanismes autrefois dénoncés seraient aujourd’hui reproduits.
UN CHAMPIONNAT LOCAL EN PERTE DE VITESSE
Les conséquences sont visibles sur le terrain.
Le championnat gabonais, autrefois compétitif, est aujourd’hui fragilisé :
- Manque de financements
- Instabilité des clubs
- Départ massif des talents
Les clubs engagés en compétitions africaines peinent à franchir les premiers tours, révélant un déficit de préparation et d’organisation.
Résultat : un fossé grandissant entre les joueurs évoluant à l’étranger et un championnat local incapable de servir de tremplin.
LE MODÈLE D’HIER ÉRIGÉ EN RÉFÉRENCE
Face à cette situation, certains observateurs n’hésitent plus à comparer avec les périodes antérieures, notamment celle marquée par une gouvernance jugée plus structurée et plus performante.
Durant ces années, le football gabonais bénéficiait :
- D’une meilleure coordination entre les instances
- D’investissements visibles
- Et d’une vision stratégique cohérente
Pour beaucoup, cette époque démontre une réalité simple : la performance sportive est indissociable de la qualité de la gouvernance.
UNE GÉNÉRATION SACRIFIÉE ?
Au-delà des chiffres et des polémiques, c’est l’avenir qui inquiète.
Dans les quartiers de Libreville, Port-Gentil ou Franceville, des milliers de jeunes continuent de rêver de football. Mais ces rêves se heurtent à un système défaillant, incapable de leur offrir un cadre structuré et équitable.
Le constat est sans appel : sans réforme profonde, ces talents risquent de ne jamais éclore.
L’URGENCE D’UNE REFONDATION
Aujourd’hui, l’appel au changement devient pressant.
Pour de nombreux acteurs du football gabonais, la sortie de crise passe par :
- Des élections transparentes et crédibles
- Le respect strict des textes
- Une refonte des institutions
- Et une gouvernance basée sur la compétence et l’intégrité
RETOURNER AU SOMMET, MAIS AUTREMENT
Le Gabon connaît le chemin du succès. Il l’a déjà emprunté.
Mais y retourner nécessitera plus qu’un simple sursaut sportif. C’est tout un système qu’il faut reconstruire, sur des bases saines et durables.
Car une certitude demeure :
sans réforme de sa gouvernance, le football gabonais risque de rester prisonnier de sa propre décadence.
Par ENGOHANG OBIANG Sylvestre, ancien Manger Financier à la FEGAFOOT, ancien membre du Conseil d’Administration de la LINAFP, ancien Secrétaire Général de l’Union Sportive d’Oyem






