À l’heure des bilans et des promesses, les discours de fin d’année révèlent toujours plus que de simples vœux. Ils traduisent une vision, une hiérarchie des priorités et, surtout, un choix politique clair. En comparant ceux d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire et de Brice Clotaire Oligui Nguema au Gabon, le contraste social est saisissant, presque brutal.
Deux peuples, deux réalités sociales
En Côte d’Ivoire, le président Ouattara a opté pour un message de soulagement social. Dans un contexte de vie chère et de tensions économiques mondiales, il a fait le choix d’annoncer des mesures concrètes en faveur du pouvoir d’achat. L’augmentation notable de la prime exceptionnelle des fonctionnaires, la libération de milliers de détenus et un discours axé sur la cohésion nationale ont envoyé un signal clair : l’État reconnaît la souffrance des ménages et tente, tant bien que mal, d’y répondre.
Au Gabon, le ton est tout autre. Le discours du président Oligui Nguema s’est voulu ferme, austère, presque martial. Ici, pas d’annonces fortes en faveur du citoyen ordinaire, pas de geste social susceptible d’alléger le quotidien. Au contraire, les Gabonais sont appelés à faire des sacrifices supplémentaires, au moment même où leur pouvoir d’achat est déjà exsangue.
Militaires choyés, civils pressurisés
Le malaise social gabonais s’explique aussi par un fait désormais difficile à masquer : l’amélioration visible du pouvoir d’achat des militaires gradés. Primes, avantages, équipements, véhicules… La transition semble avoir été généreuse avec ceux qui portent l’uniforme.
Pendant ce temps, le Gabonais lambda encaisse :
- une taxe d’habitation qui arrive comme un couperet,
- la hausse continue du coût de la vie,
- un panier de la ménagère de plus en plus léger,
- des services publics toujours défaillants (eau, électricité, transports).
Le message perçu est lourd de sens : l’effort national n’est pas partagé équitablement.
Quand la rigueur budgétaire devient socialement aveugle
Certes, la discipline budgétaire est nécessaire. Certes, l’État gabonais doit se redresser. Mais peut-on exiger davantage d’un peuple déjà à bout, sans lui offrir la moindre perspective d’amélioration immédiate de ses conditions de vie ?
Là où Ouattara tente d’amortir le choc social pour préserver la paix civile, Oligui Nguema assume une politique de rigueur qui frappe d’abord les ménages, au risque de créer un profond sentiment d’injustice. Car la question n’est pas seulement économique, elle est morale et politique : qui doit payer le prix de la transition ?
Un avertissement silencieux
Les discours ne nourrissent pas les familles. Les promesses n’allègent pas les marchés. Et les appels au patriotisme ne remplissent pas les marmites. À force de demander des sacrifices sans contrepartie sociale visible, le pouvoir gabonais prend le risque de transformer la patience du peuple en lassitude, puis en colère muette.
Un panier vide n’écoute plus les discours.
La transition gabonaise ne sera jugée ni sur ses slogans, ni sur ses uniformes, mais sur une question simple : la vie des Gabonais s’est-elle améliorée ou compliquée ?
Pour l’instant, la réponse se lit chaque jour… au marché.
