Depuis plusieurs mois, le président de la République affirme avoir mis en place un fonds d’aide à l’entrepreneuriat des jeunes et des agriculteurs, d’un montant de 25 milliards de francs CFA, logé à la Banque de Commerce et d’Entrepreneuriat du Gabon, avec un taux d’intérêt préférentiel de 5 %, censé encourager l’auto-employabilité et sortir la jeunesse du chômage.
Mais face à ce qu’il qualifie de faible engouement, le chef de l’État invite la jeunesse à « sortir de la passivité ». Une sortie pour le moins choquante, vécue par de nombreux jeunes comme une accusation injuste, voire un mensonge d’État.
Car de quel manque d’engouement parle-t-on exactement ?
Combien de dossiers ont été déposés ? Combien ont été validés ? Combien rejetés ?
Aucun chiffre n’a été rendu public. Aucune donnée officielle n’est venue étayer cette affirmation grave.
Peut-on sérieusement accuser une jeunesse plongée dans une précarité chronique d’inaction, alors qu’elle se bouscule encore devant les portails des sociétés de ramassage d’ordures pour décrocher un emploi de survie ? Qui accepterait, par choix, le métier d’éboueur plutôt que de créer sa propre entreprise, surtout après l’obtention d’un master ou d’une formation professionnelle qualifiante ?
Pourquoi un jeune mécanicien formé accepterait-il de travailler pour un expatrié, sous-payé et sans perspectives, alors qu’une banque publique est censée lui permettre de créer son propre garage ?
La réponse est limpide : l’accès au financement est verrouillé.
Si le président de la République souhaite être cohérent avec son discours, il devrait s’interroger non pas sur un prétendu manque d’engouement, mais sur les raisons profondes de ce blocage :
– cautions excessives,
– garanties inaccessibles,
– lourdeurs administratives,
– procédures opaques.
Le « manque d’engouement » brandi comme argument n’est en réalité qu’un paravent politique. Il sert à détourner l’attention des véritables obstacles et, surtout, à culpabiliser la jeunesse, en la présentant comme paresseuse ou attentiste.
Dès lors, une question s’impose :
qui ment ?
Le président de la République ou la Banque de Commerce et d’Entrepreneuriat du Gabon ?
Qui cherche à discréditer la jeunesse gabonaise pour masquer des défaillances institutionnelles évidentes ?
Quoi qu’il en soit, les conséquences sont lourdes. À force de rejeter la responsabilité sur les jeunes, c’est la confiance entre la jeunesse et le chef de l’État qui se délite. Or, aucune République encore moins une 5ᵉ République qui se veut fondée sur la vérité, la responsabilité et la rupture ne peut se construire sur la désillusion d’une génération entière.
Ceux qui conseillent et rédigent les discours présidentiels auraient dû mesurer la portée d’une telle affirmation. On ne joue pas avec l’espoir de la jeunesse, encore moins en l’accablant de reproches pour masquer un échec collectif.
Une jeunesse abandonnée peut patienter.
Une jeunesse humiliée, elle, finit toujours par se détourner.











