Alors que les tensions diplomatiques entre le Gabon et le Bénin enflamment les esprits, la sortie de Gaël Koumba Ayouné, alias le Général des Mapanes, publiée le 23 septembre 2025 par GabonReview, se veut être un appel au calme et au respect mutuel. Se présentant comme un acteur de paix, il condamne les insultes visant le Chef de l’État gabonais et la Première Dame et appelle à une « réciprocité dans les efforts de pacification » entre Libreville et Cotonou.
Mais derrière ce ton posé et ces mots empreints de patriotisme se cache un paradoxe troublant : les deux principales figures de cette « diplomatie populaire » Gaël Koumba Ayouné et son ancien compagnon Sylvestre Moussavou, alias Samy Boucalt – sont loin d’être des modèles de vertu.

Car la vérité, comme le rappellent plusieurs sources concordantes, est moins reluisante que les discours. Tous deux ont un passé lourd, jalonné de démêlés judiciaires et d’incidents violents. Ces anciens repris de justice, longtemps proches du régime Bongo, faisaient partie des réseaux parallèles utilisés pour canaliser, manipuler ou radicaliser une partie de la jeunesse gabonaise, parfois en l’envoyant semer la terreur dans des buts politiques inavoués.
C’est cette même génération d’acteurs, produits d’un système de contrôle social, qui tente aujourd’hui de se réinventer en figures de conscience nationale. Le contraste entre leurs antécédents et leurs discours actuels laisse un goût amer : comment ceux qui ont contribué hier à l’embrigadement de la jeunesse peuvent-ils aujourd’hui se présenter en champions de la paix, de la loi et de la République ?
En condamnant les violences de Samy Boucalt contre les commerçants béninois et en glorifiant l’État de droit, Gaël Koumba Ayouné veut incarner la voix de la raison. « Dans un État de droit, la force ne remplace pas la loi, et la jungle ne peut jamais être confondue avec la République », a-t-il déclaré dans les colonnes de GabonReview.
Pourtant, ce discours tranche radicalement avec les méthodes qu’ils utilisaient hier encore pour imposer leur influence. Une contradiction qui pousse de nombreux observateurs à parler d’une diplomatie de façade, plus stratégique qu’idéologique, plus calculée que sincère.
Ce qui inquiète surtout, c’est que ces personnages continuent d’exercer une influence certaine sur la jeunesse des quartiers populaires. En se présentant comme des leaders charismatiques, ils exploitent la colère sociale et le désarroi de nombreux jeunes pour les rallier à leur cause une technique éprouvée qui servait déjà les intérêts du pouvoir déchu.
Le risque est alors de voir la même logique d’embrigadement se répéter sous de nouveaux habits : ceux d’une résistance citoyenne ou d’un patriotisme de rue, en réalité dévoyé et instrumentalisé.
Si le discours de Koumba Ayouné sur la paix et la réciprocité mérite d’être entendu, il doit surtout être replacé dans son véritable contexte : celui d’hommes au passé trouble qui tentent aujourd’hui de se redorer une image. La vigilance s’impose pour que l’État ne se laisse pas abuser par une diplomatie populaire de circonstance, et surtout pour que la jeunesse gabonaise ne tombe plus dans les pièges de la manipulation qui ont trop longtemps servi les intérêts de régimes dévoyés.
En somme, comme le souligne GabonReview, cette affaire dépasse largement le simple différend gabono-béninois : elle met en lumière un phénomène plus profond et plus dangereux celui d’une réhabilitation opportuniste d’anciens manipulateurs de masse qui, sous couvert de patriotisme, cherchent à reconquérir une influence politique. Derrière les appels au calme se cache peut-être une vieille stratégie : celle de contrôler la rue pour mieux peser sur la République.








