Le scandale en cours autour de l’affaire Nazih met en lumière une situation inquiétante : la communication présidentielle semble aujourd’hui dépassée, déstructurée, et en grande partie prise en otage par des acteurs non-institutionnels activistes opportunistes et barbouzes autoproclamés qui s’expriment au nom du chef de l’État, souvent sans filtre, ni mandat, ni ligne claire.
Alors que le président de la République vient de sortir triomphalement des urnes avec près de 95 % des suffrages exprimés et que nous entrons de plain-pied dans la Cinquième République, la communication présidentielle donne l’impression d’une improvisation permanente, d’un théâtre d’ombres où des personnages de second plan s’arrogent des rôles de premier ordre. Résultat : une cacophonie nuisible à l’image du chef de l’État et à la crédibilité de l’institution présidentielle.
Patricia Lydie MOUELE , ci-dessus , patronne de la communication présidentielle est face à une nécessité urgente d’un redressement stratégique de la communication présidentielle dans un contexte de crise d’image. Cette communication ne doit plus se limiter à la valorisation des activités du chef de l’État.
Dans cette affaire dite “Nazihgate”, ce n’est pas tant le fond qui choque les prises de position personnelles et les luttes internes ne datent pas d’hier que la forme : un activiste visiblement proche du pouvoir qui livre à la vindicte populaire un autre activiste tout aussi proche, dans un conflit de chapelle diffusé en direct sur les réseaux sociaux. Et ce, sans qu’aucune voix officielle ne vienne encadrer, apaiser, ou au moins clarifier la position de la présidence.
Il est temps de rappeler une évidence : la communication présidentielle ne se limite pas à la valorisation des activités du chef de l’État. Elle doit aussi savoir gérer les crises, les désamorcer, les contenir, et parfois les retourner en opportunité. Or, à ce jour, rien ne filtre, aucun cap n’est donné, et les Gabonais assistent impuissants à un naufrage orchestré par des figures qui n’ont aucun mandat institutionnel.
La nouvelle conseillère spéciale en charge de cette mission délicate arrive à un moment critique. Si certaines dérives ne sont pas de son fait, il est désormais de son devoir de reprendre la main et de définir une doctrine claire : qui parle au nom du président ? Quelles sont les lignes rouges ? Et surtout, quel est le message que l’on veut transmettre à l’opinion nationale et internationale ?
Il est encore temps d’agir. Mais plus pour longtemps. Car dans cette Cinquième République qui se cherche, l’image présidentielle ne peut se permettre de devenir un champ de bataille laissé aux mains d’influenceurs incontrôlés et de communicants autoproclamés.
