Jamais une élection présidentielle n’aura autant ressemblé à un jeu-concours géant qu’en cette année 2025 au Gabon. À travers villes, quartiers et villages, une question anime toutes les conversations : « Qui sera la province la plus Oligui-compatible ?”
Dans cette ambiance de liesse nationale, trois provinces se disputent amicalement la médaille du “meilleur soutien” au président-candidat Brice Clotaire Oligui Nguema :
– Le Woleu-Ntem, fief paternel du général,
– Le Haut-Ogooué, berceau maternel,
– Et l’Ogooué-Lolo, patrie de la Première très aimée première Dame Zita Oligui Nguema.
Une véritable “finale à trois” où chaque camp déploie tout son art de la mobilisation, à coups de cortèges, meetings, banderoles, tee-shirts personnalisés, concerts populaires. Les comités de soutien se multiplient plus vite que les plats au banquet d’un mariage Fang.
Car oui, au Gabon, on ne fait pas les choses à moitié. On ne soutient pas un candidat à voix basse. Non. On crie son nom, on danse pour lui, on tambourine, on peint les taxis à son effigie, on baptise les nouveaux nés aux noms d’Oligui .
La coordination de la campagne du candidat Oligui pour la province du Woleu-Ntem est déjà prête sur le terrain pour une mobilisation sans égale au stade Engong, où leur champion doit tenir un méga meeting






Pourquoi tant d’enthousiasme, au point que certains parlent déjà de “vote affectif XXL” ? D’abord, il y a la tradition : chez les Bantu, on soutient un parent en campagne comme on soutient un frère en duel. Ne pas le faire serait un affront. Ensuite, il y a… les intérêts. Car soyons honnêtes, ces trois provinces comptent un grand nombre de dignitaires du régime actuel. Et dans la logique des faveurs bien placées, montrer son efficacité en matière de mobilisation, c’est aussi montrer sa fidélité.
De là à dire que certains jouent leur carrière sur le taux de participation local… il n’y a qu’un pas que chacun franchit discrètement, sourire aux lèvres.
Toutefois, au-delà de l’effervescence populaire, un petit détail vient tempérer l’euphorie : tous ceux qui dansent ne votent pas forcément. Beaucoup assistent aux rassemblements par curiosité, par esprit festif… ou pour profiter des boissons, gadgets et t-shirts distribués. D’autres ne sont même pas inscrits sur les listes électorales. Et il y a aussi ceux qui crient “Oligui !” aujourd’hui, mais voteront peut-être autrement demain.
Le Haut-Ogooué était en effervescence. Jusqu’à présent, aucune mobilisation n’a égalé celle de cette province.



Le grand paradoxe gabonais est là : une foule massive ne garantit ni une victoire assurée, ni un taux de participation record. C’est un spectacle, oui. Une démonstration de force ? Certainement. Mais le vote reste une affaire intime, parfois imprévisible.
En attendant le 12 prochain, les tambours continuent de résonner et les foulards s’agitent dans toutes les provinces. On chante, on danse, on promet un 100 sur 100 qui ferait pâlir les plus grands régimes soviétiques. Mais à l’heure du dépouillement, seule la vérité des urnes parlera.
Et si Oligui est effectivement bien parti pour gagner cette présidentielle, il faudra encore s’assurer que la mobilisation populaire se transforme en participation civique. Car comme dit l’adage revisité : “Une élection ne se gagne pas à coups de fanfare, mais à coups de bulletin.”






