Pendant que des centaines d’artistes gabonais affirment attendre le paiement de leurs droits d’auteur depuis décembre 2025, le Bureau Gabonais du Droit d’Auteur et des Droits Voisins (BUGADA) annonce une vaste campagne nationale de contrôle et de perception des redevances. Une initiative conforme à sa mission. Mais qui soulève une question incontournable : à quoi bon collecter davantage si les sommes déjà perçues ne sont toujours pas redistribuées ?
Le BUGADA prévoit de parcourir le pays pour contraindre les utilisateurs d’œuvres protégées bars, hôtels, restaurants, radios, télévisions, salons de coiffure, salles de sport, espaces événementiels, entre autres à s’acquitter des redevances prévues par la loi.
Sur le principe, rien à redire. Les créateurs doivent être rémunérés. Mais c’est précisément là que le bât blesse.
Car les artistes, eux, attendent toujours leur argent.
Depuis plusieurs mois, de nombreux affiliés disent n’avoir reçu aucun versement de leurs droits. Face à cette situation, l’annonce d’une nouvelle campagne de recouvrement est vécue par beaucoup comme une provocation. Une question revient avec insistance : où est passé l’argent déjà collecté ?
Certains artistes dénoncent une opération destinée à détourner l’attention des paiements toujours attendus. À ce jour, aucune preuve publique ne permet d’étayer cette accusation. Mais le simple fait qu’elle circule avec autant d’insistance révèle une crise de confiance profonde entre l’organisme et ceux qu’il est censé défendre.
Les interrogations ne s’arrêtent pas là.
Pourquoi le communiqué met-il l’accent sur les bars, hôtels et restaurants sans évoquer explicitement les opérateurs de téléphonie mobile, généralement considérés comme des contributeurs majeurs aux droits d’auteur ? Pourquoi le silence persiste-t-il autour de la redevance pour copie privée, pourtant susceptible de générer des ressources importantes pour les créateurs ?
La gouvernance du BUGADA est également pointée du doigt. Plusieurs acteurs du secteur culturel estiment qu’une campagne nationale de cette ampleur devrait s’appuyer sur des décisions clairement validées par le Conseil d’administration. Certains affirment n’avoir jamais eu accès au procès-verbal de la session de décembre 2025. Là encore, ces affirmations n’ont fait l’objet d’aucune confirmation officielle.
Une certitude, en revanche, s’impose : le BUGADA ne peut plus se contenter de réclamer des paiements sans rendre des comptes.
Les artistes et l’opinion publique attendent des réponses claires :
- Combien le BUGADA a-t-il effectivement collecté en 2025 ?
- Quel montant reste à redistribuer aux ayants droit ?
- Combien a déjà été reversé ?
- À quelle date les artistes seront-ils enfin payés ?
La crédibilité d’une société de gestion collective ne se mesure pas uniquement à sa capacité à encaisser des redevances. Elle se mesure avant tout à sa capacité à redistribuer les fonds avec célérité, équité et transparence.
Aujourd’hui, le BUGADA exige que les usagers paient.
Les artistes, eux, ne demandent qu’une chose : recevoir enfin ce qui leur revient de droit.
Par Rhonny Starr Biyong , journaliste culturel






