Le contraste est saisissant. Il interpelle, dérange et alimente un profond malaise dans une partie de l’opinion gabonaise.
D’un côté, Bob Mengome, activiste connu pour ses prises de position contre le pouvoir, est détenu depuis plus de sept mois à la prison centrale de Libreville. Poursuivi notamment pour « Trouble à l’ordre public », sa détention préventive a été prolongée de six mois supplémentaires alors qu’il souffre de graves pathologies, sans qu’il n’ait encore été jugé.
De l’autre, Wilfrid Okoumba Kamitatou, expulsé de France et récemment rentré au Gabon, est accueilli dans un contexte qui suscite de nombreuses réactions. Sa présence sur les plateaux des médias publics a surpris une partie des Gabonais et relancé un débat sur l’égalité devant la loi.
C’est cette différence de traitement qui choque.
Depuis trois ans, les prises de parole de Wilfrid Okoumba ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Elles ont suscité de nombreuses condamnations dans l’opinion et continuent d’alimenter un débat national. Pourtant, alors que Bob Mengome est privé de liberté pour des propos qui lui sont reprochés, beaucoup s’interrogent sur les raisons pour lesquelles les déclarations publiques de Wilfrid Okoumba beaucoup plus graves ne semblent pas avoir donné lieu à une réponse judiciaire comparable.
La même interrogation avait déjà été soulevée lors de l’affaire Junior Ndong Ndong, lui aussi poursuivi après des déclarations relatives à la gestion du pouvoir.
Le problème dépasse désormais le cas de trois activistes. C’est la crédibilité de la justice qui est en jeu.
Dans un État de droit, les citoyens acceptent les décisions de justice lorsqu’ils ont la conviction que la loi est appliquée avec la même rigueur à tous. En revanche, lorsque deux situations perçues comme comparables semblent produire des conséquences radicalement différentes, le doute s’installe.
Pourquoi Bob Mengome est-il toujours derrière les barreaux tandis que Wilfrid Okoumba s’exprime librement et bénéficie d’une importante exposition médiatique ? Quels critères expliquent cette différence de traitement ? Les autorités judiciaires appliquent-elles les mêmes exigences pour tous les citoyens ?
Ces questions méritent des réponses claires.
La Ve République a promis la restauration de l’État de droit, de la justice et de la dignité nationale. Cette promesse ne pourra convaincre que si chaque Gabonais a la certitude que son nom, son origine, ses opinions ou sa proximité supposée avec le pouvoir n’influencent jamais l’application de la loi.
Aujourd’hui, ce n’est pas seulement le sort de Bob Mengome ou celui de Wilfrid Okoumba qui est observé. C’est la capacité de la justice gabonaise à convaincre qu’elle est véritablement la même pour tous.
Car une justice dont l’impartialité est constamment remise en question finit par perdre ce qui fait sa force : la confiance du peuple.






