Pendant que des familles à Awendjé se battent pour trouver de l’eau, que des mères cherchent à nourrir leurs enfants et que les hôpitaux tombent en ruine, l’État a trouvé SA priorité nationale : ériger, une fois de plus, un monument, cette fois en hommage à Marcel Éloi Rahandy Chambrier.
Un monument. Encore un. Encore du bronze, encore du béton, encore du tape-à-l’œil. On dirait que le pays veut devenir la capitale mondiale des ronds-points sculptés.
Mais une question simple presque enfantine s’impose : Oligui, tu veux que les Gabonais fassent quoi du bronze ? Le bouillir ? Le griller ? Le cuisiner ?

Parce que la réalité, la vraie, la brutale, c’est que les Gabonais ont faim. Ils n’ont pas besoin d’un monument. Ils n’ont pas besoin d’une statue. Ils n’ont pas besoin de poser devant du bronze flambant neuf.
Ils ont besoin d’eau. De pain. De lumière. De soins. De vie.
Mais non : on préfère polir du bronze pendant que le peuple polie sa misère. Les autorités ont mobilisé de gros moyens. Très gros. On voit les camions, les échafaudages, les ouvriers, les projecteurs… On voit l’argent. L’argent public. Comme si le pays n’avait rien de plus urgent à régler.
Des centaines de millions engloutis dans une statue pendant que des patients meurent faute de médicaments. C’est presque grotesque. Non… c’est tragique.
Et pendant qu’on nous parle de « restauration de l’honneur », de « dignité retrouvée », de « nouveau départ », Awendjé voit s’ériger un monument dans un quartier où l’eau manque, où l’électricité saute, où la pauvreté gagne. Un monument dans un désert social. Un monument pour masquer l’échec. Un monument pour occuper les esprits.
On dirait que le pouvoir s’est trompé de mission. Un chef d’État n’est pas un décorateur d’espace public. Il ne gère pas un musée. Il gère un peuple. Un peuple qui souffre, qui attend, qui endure… et qui regarde son argent se transformer en statue.
Pendant ce temps, Jeff Blampin pose la bonne question, la seule, la vraie : Avec quoi le Gabonais mange-t-il ? Le bronze ou l’espoir ? La réponse est simple : les deux sont creux.
On peut ériger mille statues, le ventre ne se remplit pas. On peut inaugurer des ronds-points en grande pompe, les hôpitaux ne guérissent pas. On peut sculpter tous les héros du passé, cela n’améliore pas le présent.
Oligui veut restaurer l’honneur du peuple. Très bien. Mais l’honneur ne se restaure pas avec du bronze. Il se restaure avec des actes. Avec des priorités humaines. Avec des décisions utiles. Avec du courage politique. Pas avec du bling-bling.
Cet article est écrit à partir d’une réflexion pertinente et percutante de Jeff Blampin, dont la lucidité sur la situation nous a semblé nécessaire à reprendre, approfondir et amplifier. Parce que parfois, il faut que certaines vérités soient dites plus fort.











