L’interpellation de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, survenue dans la soirée du 15 avril aux abords de son domicile, a immédiatement déclenché une onde de choc dans l’opinion. Entre accusations de “règlement de comptes politique” brandies par ses soutiens et appels à la retenue d’une partie de la population, le débat public s’est une fois de plus polarisé avant même que les faits ne soient pleinement replacés dans leur cadre juridique.
Or, c’est précisément là que se joue l’essentiel : sortir de l’émotion pour revenir au droit.
Selon les éléments disponibles, l’ancien chef du gouvernement aurait été interpellé puis conduit dans les locaux des services de renseignement, dans le cadre d’une procédure liée à un différend privé portant sur une reconnaissance de dette non honorée. Un dossier qui, en l’état, relève du droit commun et non d’une procédure à coloration politique ou administrative.

Et c’est bien là que la confusion s’installe.
Car dès qu’une personnalité publique est concernée, certains réflexes ressurgissent : celui de la victimisation politique systématique, comme si l’exercice passé de hautes fonctions conférait une immunité permanente face aux obligations du droit civil. Une lecture commode, mais dangereuse pour la crédibilité de l’État de droit.
Dans le cas présent, il est question d’un engagement personnel formalisé, dont l’exécution aurait été différée dans le temps, au point de conduire le créancier à saisir les juridictions compétentes. Rien, dans la nature du litige, ne renvoie à une affaire d’État, encore moins à une rivalité politique.
Il s’agit d’une dette alléguée, d’une reconnaissance de dette invoquée, et d’une procédure judiciaire en cours.
Le droit, dans sa rigueur la plus simple, est pourtant clair : une obligation contractuelle engage celui qui la signe. Et en matière civile, nul ne peut se soustraire à ses engagements sans en répondre devant la justice.
C’est dans ce cadre que l’intervention des autorités judiciaires s’inscrit, sans qu’il soit nécessaire d’y projeter des arrière-pensées politiques. L’instrumentalisation systématique des procédures par le prisme partisan fragilise non seulement le débat public, mais surtout l’idée même d’égalité devant la loi.
Car le véritable enjeu est là.
Le principe d’égalité devant la loi, réaffirmé avec constance par les autorités de la 5éme république, implique que chaque citoyen, quelle que soit sa trajectoire politique ou institutionnelle, réponde de ses actes devant les mêmes juridictions et selon les mêmes règles. L’ancienneté dans les sphères du pouvoir ne saurait constituer ni un bouclier, ni une zone d’exception.
C’est cette rupture avec les logiques d’impunité sélective qui est aujourd’hui en jeu. Et c’est précisément ce qui rend certaines réactions si virulentes : non pas la procédure en elle-même, mais le fait qu’elle rappelle une évidence longtemps contestée personne n’est au-dessus du droit.
Il serait toutefois imprudent de confondre vitesse et précipitation. La justice suit son cours, les faits doivent être établis, les responsabilités éventuellement déterminées, et les droits de la défense pleinement garantis. Toute autre approche relèverait de la spéculation.
Mais une chose demeure certaine : transformer systématiquement une procédure judiciaire en procès politique empêche le pays de consolider ses institutions. Cela entretient une culture de suspicion permanente, où chaque action de justice devient suspecte dès lors qu’elle touche une figure connue.
Or, un État de droit ne se construit pas sur des interprétations, mais sur des principes. Et ces principes exigent de la retenue, de la rigueur et une lecture factuelle des situations.
Au final, l’affaire Bilie-By-Nze dépasse la personne elle-même. Elle interroge la maturité institutionnelle du débat public : sommes-nous capables d’accepter que le droit s’applique sans distinction, ou continuerons-nous à l’interpréter à travers le prisme des appartenances politiques ?
La réponse à cette question déterminera bien plus que l’issue d’un dossier. Elle dira quelque chose de la solidité de l’État de droit que le pays prétend consolider.
En attendant, une exigence s’impose : laisser la justice faire son travail, sans pression, sans procès d’intention, et sans emballement politique.






