La bataille électorale qui s’annonce au 2e arrondissement d’Owendo ne sera pas une promenade de santé. Trois figures dont deux issues directement de l’ombre du Parti Démocratique Gabonais (PDG), vont s’affronter : Jeanne Mbagou, la doyenne des baronnies municipales, Hugues Régis Mayombot, l’éternel parachuté, et Hugues Étienne Angoué, stratège redoutable, enfant du terrain et visage d’une rupture attendue par les populations.
Jeanne Mbagou : l’ombre d’un règne révolu

Mairesse durant trois mandats, Jeanne Mbagou a longtemps transformé la mairie d’Owendo en fief personnel. Sa méthode : centraliser le pouvoir, verrouiller toute promotion de la jeunesse et asseoir son influence grâce aux pratiques désormais bien connues du PDG – le transfert d’électeurs et l’achat des consciences. Aujourd’hui, cette mécanique rouillée semble s’effondrer : ses anciens soutiens stratégiques, autrefois jeunes piliers de son empire politique, l’ont abandonnée. Autour d’elle, il ne reste plus que des alliés de circonstance, souvent en décalage avec son image. Sa richesse et sa capacité à injecter de l’argent en campagne demeurent un atout, mais les populations d’Owendo, lassées du règne des mêmes visages, réclament désormais une rupture totale avec le système Bongo-PDG.
Hugues Régis Mayombot : le parachuté incompris

Mayombot, quant à lui, n’est pas un enfant de la circonscription. Arrivé par des manœuvres obscures, il souffre d’un grave déficit de proximité. On lui reproche son arrogance, son absence dans la vie sociale de l’arrondissement et son incapacité à créer des liens humains avec les habitants. Longtemps accroché à la force de Jeanne Mbagou lors des scrutins jumelés du PDG, il se retrouve aujourd’hui face à une épreuve de vérité : convaincre une population qu’il ne connaît pas, et qui ne le connaît pas non plus. Ses chances paraissent maigres, tant son profil de technocrate distant tranche avec l’exigence actuelle d’un leader accessible et enraciné.
Hugues Étienne Angoué : le stratège du terrain

Face à ces deux figures d’un passé révolu, Hugues Étienne Angoué se démarque comme l’alternative crédible et solide. Contrairement à ses adversaires, il n’a pas bâti sa notoriété sur la fraude électorale ou la fortune personnelle, mais sur le terrain, la proximité et l’action sociale.
Depuis des années, Angoué a investi son énergie et ses moyens dans le deuxième arrondissement. Son centre de loisirs, le Joety Club, est devenu un véritable foyer culturel : concerts, défilés de mode, événements pour la jeunesse. Malgré les jalousies – son centre ayant été incendié trois fois –, il est resté debout, fidèle à sa vision d’un espace pour la jeunesse. Dans un pays où les loisirs manquent cruellement, ce geste a forgé sa réputation d’homme proche du peuple.
À cela s’ajoute son rôle d’entrepreneur avec EZE Construction, qui emploie de nombreux jeunes dans le BTP. Angoué n’est pas seulement un politicien : il est un créateur d’emplois, un acteur économique, un bâtisseur. Dans une circonscription où le chômage des jeunes est endémique, cet aspect le place bien au-dessus de ses adversaires.
Les limites et la clé de la victoire
Son seul handicap reste l’aspect financier : face aux « bulldozers » que sont Mbagou et Mayombot, Angoué dispose de moyens plus modestes. Mais son véritable capital, c’est la confiance populaire. L’argent peut acheter un vote ponctuel, mais seule la proximité sincère construit une base électorale durable.
Cependant, la vigilance devra être maximale. Face à deux anciens du PDG, dont le savoir-faire en matière de fraudes électorales n’est plus à démontrer, Angoué devra s’entourer d’une brigade anti-fraude solide, afin que la volonté des populations ne soit pas confisquée par des manipulations héritées d’un système honni.
L’heure du choix
Le deuxième arrondissement d’Owendo ne choisira pas seulement un député ou un représentant : il choisira entre le passé figé du PDG et l’avenir d’une politique de proximité.
Mbagou et Mayombot incarnent la continuité d’un régime déchu. Angoué, lui, représente la rupture, la jeunesse, le social et l’authenticité. S’il réussit à protéger son vote et à mobiliser ses forces de terrain, il a toutes les chances de transformer cette élection en victoire du changement.
En définitive, la bataille sera rude, mais l’histoire récente du Gabon nous enseigne une vérité : les peuples finissent toujours par se tourner vers ceux qui ont été présents dans leur quotidien, et non vers ceux qui les ont trahis.












