C’est une affaire qui dérange. Une affaire qui choque. Et surtout, une affaire qui interroge profondément sur le respect des droits fondamentaux au Gabon. Détenu à la prison centrale de Libreville depuis près de trois mois, l’activiste Bob Fernand Mengome, connu sous le surnom de « Matricule 212 », vient de voir son salaire suspendu avant même d’avoir été jugé, en pleine présomption d’innocence. Une situation préoccupante, révélatrice de ce qui se joue en coulisses, et qui frappe déjà durement un homme privé de liberté et malade.
Selon des informations concordantes, son employeur, la Caistab, aurait décidé de suspendre son salaire pendant sa période d’incarcération. Une décision lourde de conséquences humaines et sociales, qui frappe directement ses droits les plus élémentaires et soulève de sérieuses interrogations quant au respect du droit du travail et de la présomption d’innocence.
Plus inquiétant encore, plusieurs sources évoquent un état de santé fragile du détenu. Si ces informations venaient à être confirmées, l’absence d’une prise en charge médicale adéquate, combinée à la suspension de ses moyens de subsistance, pourrait aggraver considérablement sa situation personnelle et familiale. Une double peine qui frappe un détenu déjà vulnérable, dans un silence qui inquiète.
Dans ce contexte, une interpellation s’impose. Sans préjuger des responsabilités individuelles, il apparaît essentiel d’attirer l’attention du Président de la république, Brice Clotaire Oligui Nguema, sur les implications humaines, sociales et politiques d’un tel dossier. Car dans l’opinion publique, les conséquences d’un éventuel drame en détention pourraient être interprétées comme le résultat d’un dysfonctionnement global de l’appareil étatique, quel qu’en soit le niveau réel de responsabilité.
Autrement dit, au-delà des décisions administratives ou des initiatives individuelles qui pourraient être prises en amont, c’est bien l’image et la responsabilité de l’État qui se trouvent engagées. Et dans un contexte aussi sensible, le risque de voir naître des interprétations populaires défavorables ne peut être ignoré, surtout lorsque des décisions perçues comme injustes frappent ainsi un détenu sans jugement définitif.
Avant même son incarcération, Bob Mengome aurait été rétrogradé et affecté à Makokou comme simple agent, alors qu’il occupait un poste de chef de bureau. Contestant cette décision, il aurait saisi l’Inspection du travail, qui lui aurait donné raison, selon plusieurs sources proches du dossier. Aujourd’hui, alors qu’il est privé de liberté, une nouvelle mesure vient aggraver sa situation : la suspension de sa rémunération. Une décision perçue par ses proches comme une forme de pression supplémentaire, voire un acharnement administratif.
Derrière ce dossier administratif, il y a une réalité humaine brutale. Une famille fragilisée. Des enfants dont la scolarité pourrait être compromise. Certains seraient en classe d’examen, exposés à une rupture brutale de leur parcours scolaire. Si ces éléments sont confirmés, la situation poserait une question fondamentale : peut-on, sans jugement définitif, priver un citoyen de ses moyens de subsistance au point d’impacter directement sa famille ?
Face à cette situation, plusieurs observateurs appellent à une clarification urgente. Le respect des procédures, l’encadrement des décisions administratives et la protection des droits des travailleurs, même en situation de détention, restent des principes essentiels dans un État de droit. Il appartient désormais aux autorités compétentes de faire toute la lumière sur ce dossier et, le cas échéant, de corriger toute décision qui s’écarterait du cadre légal.
Parallèlement, le nom de Bob Mengome circule dans un tout autre registre : celui du débat politique autour du référendum constitutionnel. Certains évoquent un rapprochement avec l’ancien Premier ministre Alain Claude Bilie-By-Nze, figure du camp du « NON ». À ce stade, aucune preuve formelle ne permet d’établir clairement la nature ou la réalité de cette supposée collaboration. Toutefois, cette rumeur alimente les spéculations et contribue à politiser davantage un dossier déjà sensible.
Dans un contexte aussi tendu, une chose est certaine : cette affaire mêle justice, politique et droits sociaux dans un cocktail explosif. Mais face à la gravité des accusations, la prudence reste de mise. Car au-delà de l’indignation légitime, une exigence demeure : celle de s’appuyer sur des faits établis, vérifiés, et de respecter les principes fondamentaux du droit.
Une affaire à suivre. De très près.





