Artiste populaire gabonais, homme discret et profondément respecté du public, Landry Ifouta est sorti de sa réserve. Et sa déclaration, frontale et sans détour, résonne comme un coup de tonnerre dans le paysage culturel national.
« Jusqu’à la fin de nos vies, tout ce que vous saurez faire, c’est retirer mon nom des listes de prestations. Chanter, danser, écrire mes chansons, et même écrire pour les autres, vous ne pourrez pas m’arrêter. Vous n’en serez même pas capables, parce que vous vous êtes déjà dépouillés du dépassement de soi et de l’amour pour les autres. Moi, Landry Ifouta, je serai toujours Landry Ifouta. »
Ces mots ne sont pas une simple humeur d’artiste. Ils sont le cri d’un créateur excédé par un système gangrené par le favoritisme, le copinage et les arrangements de coulisses. Un système où l’excellence est marginalisée, où le mérite est relégué au second plan, et où la visibilité se gagne moins par le travail que par l’appartenance à un réseau.
Au Gabon, aujourd’hui comme hier, le respect de l’excellence peine à s’imposer. La magouille dénoncée sous l’ère Ali Bongo ne semble pas avoir disparu ; pire, elle se serait banalisée. Le culte de l’excellence est jeté à la poubelle pendant que la médiocrité parade sous les projecteurs. Ceux qui élèvent le niveau sont écartés, quand ceux qui l’abaissent sont célébrés.

La colère de Landry Ifouta n’est donc pas un caprice. Elle met à nu une réalité dérangeante : un pays qui prétend se moderniser, se comparer aux autres États, mais qui continue d’étouffer ses meilleurs talents. Comment prétendre à la compétitivité culturelle, économique et intellectuelle quand l’effort, la rigueur et la constance sont pénalisés ?
En parlant, Landry Ifouta ne défend pas seulement son nom. Il porte la voix de nombreux artistes et créateurs réduits au silence, victimes d’un système qui préfère l’entre-soi à la compétence. Sa déclaration est un avertissement : on peut rayer un nom d’une liste, mais on ne peut pas effacer un talent, ni arrêter une vocation.
Le Gabon est à la croisée des chemins. Continuer à promouvoir la médiocrité, c’est choisir le recul. Redonner sa place à l’excellence, c’est offrir un avenir à une nation qui ne peut plus se permettre de sacrifier ses meilleurs fils sur l’autel du favoritisme.









