Le Gabon serait-il en train de replonger dans les méthodes oppressives du passé ? C’est la question que se posent de nombreux citoyens après l’interdiction par le ministère de l’Intérieur de la marche pacifique prévue ce samedi 8 février 2025 pour protester contre les délestages à répétition imposés par la SEEG.
L’initiative, portée par Mougoula Mabounda Elie Scandela et d’autres activistes tels qu’Éric Otsetse, était une réponse à la souffrance quotidienne des habitants de Libreville, pris en otage par des coupures d’électricité et d’eau devenues la norme. La grogne populaire est montée d’un cran lorsque les propres agents de la SEEG ont confirmé ce que les autorités tentaient de cacher : la société est en faillite technique, incapable de payer ses prestataires et d’entretenir ses infrastructures vieillissantes.
Face à cette révélation, la population, jusqu’ici maintenue dans l’ignorance, a compris qu’elle était victime d’une gestion catastrophique de la part des dirigeants de la SEEG et des autorités de tutelle. C’est dans ce contexte que l’idée d’une marche pacifique et responsable a été lancée, afin d’exiger des solutions concrètes et la fin des coupures incessantes.
Mais au lieu de favoriser un dialogue constructif, le gouvernement a choisi la répression. Mougoula Mabounda Elie Scandela et d’autres figures du mouvement ont été interpellés par la Direction générale du renseignement (DGR) sous le prétexte fallacieux de “vérifier qui se cache derrière cette initiative”. Une démarche qui rappelle étrangement les méthodes liberticides de l’ancien régime.
L’interdiction de cette marche pose un véritable problème de cohérence et de justice. Comment expliquer qu’une manifestation citoyenne, visant à interpeller les autorités sur une crise réelle, soit interdite, alors que des marches de soutien à la candidature du général Oligui Nguema sont autorisées, voire tolérées même lorsqu’elles sont interdites, comme ce fut le cas à Oyem ? Ce deux poids, deux mesures est une menace pour la crédibilité de la transition et envoie un signal dangereux à ceux qui espèrent un changement réel.
Le président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, doit réagir et clarifier sa position. Est-il prêt à cautionner une transition verrouillée où les voix dissidentes sont muselées, ou veut-il réellement instaurer un Gabon nouveau, où les citoyens peuvent s’exprimer librement et pacifiquement ?
L’interdiction de cette marche est une grave erreur politique. Empêcher les Gabonais de manifester pacifiquement, c’est les pousser vers la radicalisation et la frustration. C’est faire renaître les vieux démons de l’ancien régime, que la transition prétend combattre. Il est encore temps de rectifier le tir. Une transition réussie ne se mesure pas à la capacité à faire taire les contestataires, mais à celle d’écouter le peuple et de répondre à ses attentes.









